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Insurrection de 1947 : entre un besoin de savoir et un devoir de mémoire

Publié le 06/04/2005 06:23 par elman

Insurrection de 1947
.... entre un besoin de savoir et un devoir de mémoire


58 ans après les faits, des zones d’ombres planent encore sur l’un des événements les plus importants de l’histoire de Madagascar. Ils sont aujourd’hui près de 4 000 survivants parmi ceux qui ont participé à l’insurrection contre le pouvoir colonial. Commencé le 29 mars 1947, la lutte a duré vingt-et-un mois. Aujourd’hui, nos « anciens combattants » revendiquent la reconnaissance du gouvernement malgache et espèrent toujours une certaine forme de réparation de la France.

 

 

 

Le 29 mars a été déclaré jour férié et surtout journée de commémoration de l’insurrection de 1947. C’était en 1977, quand un jeune officier de la marine aux convictions nationalistes était au pouvoir. L’ancien président Didier Ratsiraka a été le premier à rendre les honneurs aux victimes et aux survivants de 1947, ceux à qui les malgaches doivent leur indépendance. C’était surtout à l’époque de l’affirmation d’une identité malgache, le rejet de l’influence française omniprésente depuis 1960. Même si la motivation de l’ancien président a été plutôt politique, les survivants de 1947 apprécient toute forme de reconnaissance. Aujourd’hui, ces « anciens combattants » touchent une pension de Ar 21 000 par mois dont le paiement s’effectue en juin et en décembre. Cette reconnaissance concerne aussi bien ceux qui ont pris les armes que ceux qui ont milité politiquement. Le président Marc Ravalomanana a décidé d’augmenter cette pension à Ar 32 000.

 

 

 

A défaut de parler de génocide dont la définition est devenue très précise, Gisèle Rabesahala, présidente de l’Association Fifanampiana Malagasy, souhaite que l’on reconnaisse l’existence d’un crime commis contre le peuple malgache. Elle réfute la revue en baisse des nombres de victimes annoncée par un journal français au début de l’année, à seulement 11 000 et s’en tient au premier constat de l’administration coloniale de l’époque qui faisait état de 89 000 morts. Du côté malgache, on a été habitué à entendre un chiffre arrondi à 100 000. L’ancienne militante du MDRM souhaite aussi l’ouverture des archives de l’armée française sur les événements de 1947 à Madagascar. Elle invite les malgaches à continuer à faire des recherches, à recenser les charniers de l’époque. Elle mobilise les survivants à écrire leur mémoire. Ces octogénaires vivent aujourd’hui dans des conditions plus que précaires. Près de 300 d’entre eux passent l’arme à gauche chaque année, un chiffre qui risque d’augmenter considérablement d’ici peu.

 

 

 

Il y a toujours une confusion sur l’appellation « ancien combattants » : amalgame entre ceux qui se sont battus pour la France dans les guerres qu’elle a menées dans les années 40 et 50 et ceux qui ont combattu la France et son pouvoir colonial à Madagascar en 1947. Les représentants de l’autorité française n’oublient pas de mettre les points sur les « i » quand ils évoquent la question des pensions. Bien entendu, les survivants de 1947, dont la figure emblématique est l’ancien ministre Gisèle Rabesahala, espèrent que la France se mette à réparer ses fautes. On fait ainsi référence à des excuses publiques formulées à l'attention de certains peuples dont les Juifs. Le prochain passage du président Jacques Chirac à Madagascar permettra-t-il de fermer la parenthèse de cette partie de l’histoire des deux pays ? Il s’agit en quelque sorte de faire le deuil de manière définitive. Cela pourrait contribuer à raviver l’amitié et la coopération entre les deux peuples. Aujourd’hui, Madagascar n’est plus aussi proche de la mère France et se tourne de plus en plus vers ses amis anglo-saxons. Les malgaches cherchent toujours à titrer des leçons des événements de 1947. Rappelons ici une célèbre phrase de l’ancien président Albert Zafy dans un contexte politique : « Pardonner oui, oublier jamais ! »

Toutes les photos de la commémoration du 29 Mars 1947
Maherizo - Droits de reproduction et de diffusion réservés © MADANIGHT.com., Madagascar, Avril 2005




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