|
Monnaie
.... l’Ariary
ou l’ « Ar » de se compliquer la vie
De toutes les difficultés qu’affrontent les
malgaches, il y a une que de plus en plus d’individus
trouvent superflue : le passage à l’Ariary.
Depuis le 01 janvier 2005, Madagascar est revenu
à son ancienne unité monétaire. Le Franc malgache
n’avait plus raison d’être aux yeux de nos dirigeants
qui par la même occasion voulaient refléter
l’identité nationale par la monnaie.
On a visiblement minimisé le problème d’adaptation. Celui-ci ne concernerait
a priori que les citadins qui ont toujours utilisé
le FMG alors que les paysans ont eu coutume
de compter en Ariary. En réalité, le
blocage est d’abord linguistique. Le paysan
compte en malgache et le citadin en français.
Ainsi, une somme en Ariary est dite en malgache
et son équivalent en franc est exprimé en français.
Allez dire à un paysan trente-cinq mille Ariary
! Même le guichetier d’une banque a du mal quand
on lui annonce quatre vingt-six mille Ariary.
Pour lui, comme pour monsieur tout le monde,
quatre cent trente milles francs valaient «
enina arivo sy valo alina Ariary ». Dans
la vie de tous les jours, on doit faire des
opérations arithmétiques sur les sommes d’argent,
ce qui ne manquent pas de multiplier les difficultés.
Les autorités monétaires ont ignoré ce petit problème puisque désormais, on
va raisonner en français pour utiliser la monnaie
Ariary. D’abord, les chèques de banque sont
à rédiger exclusivement dans cette langue. Certes,
on l’a déjà fait avec le Fmg, sauf que là, il
y a le syndrome de la division par cinq. Si
vous écrivez « un million » sur un chèque,
il est préférable que vous n’ayez pas pensé
en Fmg. La première bourde d’un guichetier a
coûté à sa banque Ar 250 millions, une somme
qui a pu être récupérée.
Pour compliquer encore plus la vie des usagers, le passage à l’Ariary a été
accompagné par la mise en circulation de nouveaux
billets de banque. Les anciens 10 000 et 25
000 Fmg n’ont plus cours. Par contre, les Ar
1 000, 500, 200 et 100 existent toujours en
deux versions. Les nouveaux billets sont plus
petits. S’ils comportent toujours la double
inscription Ariary/Fmg, c’est la première qui
est mise en valeur. Sur les anciens billets
en Fmg, la traduction en Ariary est en lettre,
sur les nouveaux, la traduction en Fmg est en
chiffre et est beaucoup plus discrète. Les usagers
ont quelques soucis à cause des couleurs des
billets. Vu que l’on est habitué à plier un
billet, on a du mal à discerner un Ar 200 d’un
Ar 2 000 au premier coup d’œil même si le premier
est beaucoup plus petit.
Comme on le savait tous, l’Ariary dans l’ancien système n’était pas l’unité
minimale. Il valait 5 Fmg ou Iraimbilanja. Ainsi,
on a droit pour la première fois à une somme
avec une virgule. Celle-ci est exprimée avec
deux décimales. Or, l’ancienne subdivision de
l’Ariary ne permet que quatre valeurs dont la
plus petite est 0,20. Comme il peut arriver
d’avoir une somme Ariary avec 3 chiffres après
la virgule, il faut d’abord arrondir avant d’appliquer
le barème pour avoir la somme exacte.
Autres problèmes générés par le basculement Ariary, les consommateurs ont une
estimation brouillée de la valeur des biens
et des services. Une fois à la caisse, nombre
de clients sont contraints de rendre des articles
qu’ils pensaient pouvoir et vouloir acheter.
Par ailleurs, l’affichage en Ariary permet de
faire passer la hausse des prix. Si la monnaie
nationale a fière allure puisqu’un euro ne s’échange
qu’avec Ar 2 400, l’effet psychologique n’est
pas toujours positif. Un employé qui s’est réjoui
d’avoir dépassé la barre de 1 million Fmg pour
ce qui est de son salaire est moins heureux
avec ses Ar 200 000. Même le plus vieux métier
du monde paraît soudain dévalorisé et dévalorisant
avec une somme qui sonne désormais dérisoire.
Le manque de communication est plus que flagrant. Les affichages ne sont visibles
que dans les lieux publics où il y a un service
de l’administration. Les spots télévisés ont
été insuffisants et auraient été plus diffusés
sur certaines chaînes que sur d’autres. A la
maigre campagne d’information, il manquait l’essentiel
: comment faire accepter le basculement à l’Ariary
par la population ? C’est le refus impuissant
de cette mesure imposée qui est à la source
des problèmes d’adaptation. Finalement, les
convertisseurs Ar/Fmg dont on ne voyait pas
l’utilité pourraient s’avérer indispensables.
Pourquoi alors na pas avoir opté pour l’unité
Iraimbilanja au lieu de l’Ariary. Il aurait
suffit de remplacer le Fmg en Ia et le tour
est joué. Cela aurait été trop simple ! Maherizo
Maherizo
- Droits de reproduction et de diffusion réservés
© MADANIGHT.com., Madagascar, Janvier 2005
|