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Journée mondiale contre la lèpre
.... quand l'humanitaire fait sa pub'
Nous sommes en 2006 et le 30 Janvier, c'est journée mondiale contre la lèpre.
Pour l'occasion l'association Raoul Follereau nous gratifie d'un spot publicitaire incitant au don qui est pour le moins...marquant.
Quelques rappels.
« La lèpre est une maladie infectieuse, spécifique, contagieuse et épidémique, causée par la pénétration et la prolifération dans l’organisme d’un microbe qui lui appartient en propre, le bacille de Hansen. »
(Joseph Nicolas, dermatologue et vénériologue, Lyon 1907)
A Madagascar, pour le troisième trimestre 2005, sur une population de 17,5 millions de personnes, il y avait 2 624 malades enregistrés contre 5000 cas en 2003 et 4000 cas en 2004 ; une baisse assez notable donc.
Ces 29 secondes de publicité montrant la réalité de seulement 0,01% de la population totale sont pourtant lourdes de conséquences et portent lourdement préjudice à notre pays en terme d'image, de réputation alors que celles-ci doivent être améliorées à l'heure du développement par le tourisme.
Il ne s'agit pas de dénier la réalité, la lèpre existe, c'est une maladie terrible et l'association contribue effectivement à l'éradication de celle-ci avec l'aide de l 'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et du MINSAN (Ministère de la Santé).
Ce n'est pas le problème.
Ce qui interpèle c'est le savant mécanisme publicitaire qui sait jouer avec nos émotions en jouant à la perfection avec le pathétique pour vous donner l'envie de payer, pardon d'aider.
Le fait que cette publicité soit autant associée à notre pays ne peut que renforcer son image de pays «miséreux» et même «misérable» et à terme de lui nuire.
Mais décortiquons ce fameux "mécanisme publicitaire"
Décortiquage...

Tout d'abord, on appréciera la gentillesse de nommer notre pays, la date est aussi indiquée pour insister sur l'aspect récent de la chose (sauf qu'on oublie d'indiquer que depuis 2004 la maladie a beaucoup reculé) et surtout en arrière-plan un visage pensif et abimé qui regarde vaguement vers vous.
Evidemment cela attire votre curiosité, vous accroche.
Comme musique d'accompagnement rien de mieux que l'hymne nationale malagasy «Ry tanindrazako malala» chantée par des enfants pour que ce soit encore plus attendrissant.
En effet, alors que d'autres hymnes telles que la Marseillaise sont utilisées avec des images de puissance militaire, de victoire sportives.
La notre elle, sert tout simplement à accompagner la misère, la précarité, la maladie, on peut en être fiers.
L'utilisation de cette hymne conçernant toute la population malagasy, il serait intéressant de savoir si l'association a eu l'autorisation de la part du gouvernement de l'utiliser.
Ensuite, une dame à la voix bien française qui demande à un vieux monsieur malade «Qu'est-ce qui ne va pas ? Pourquoi venez-vous ici ?»

Question bête aurait-t'on tendance à dire puisque les images diffusées en même temps comme les pieds amputées du malade parlent d'elles-mêmes

« Rien c'est les mains, ça replie pas bien» répond le vieux monsieur avec humilité et la voix tremblante joignant le geste à la parole.
C'est vrai qu'on aurait pu croire que c'était les pieds...
La production nous gratifiant même de sous-titres pour montrer qu'il ne parle pas bien le français. Et encore une fois des images pas très jolies à voir qui nous donnent un pincement au coeur.
Toujours au chapitre des questions bêtes, la dame redemande « Qu'est-ce qui ne va pas ?» alors qu'il a déjà répondu et un « Montrez-voir» .
Et le pauvre monsieur de s'executer à exhiber ses plaies comme une vulgaire bête de foire.

Et pour cloturer le tout, une image d'une vieille dame aux cheveux gris, yeux rouges, dents pourries, peau abimée et qui nous regarde fixement comme si elle nous appellait à l'aide avec en fond une voix qui nous dit «Aidez-nous »
Et le pincement au coeur se fait cruellement sentir.
Mais arrive le dénouement, le grand final : c'est le «donnez» avec la boîte à pactole, pardon à dons.
Comment après un tel «show» si convaincant ne pas avoir envie d'aider son prochain, de donner ?

La maladie recule et ne représente qu'une infime partie de la population.
On s'interrogera sur l'utilité de cette nouvelle campagne de demandes dons qui contribue plus à détériorer l'image déjà pas bien brillante de ce pays qu'à l'aider dans son développement.
Enfin, après tout, l'humanitaire a compris qu'on vit à l'heure de l'économie de marché et que le client...pardon le donateur ne paye que si le produit et sa publicité, pardon la cause le marque.
Alors ne nous étonnons pas de cette "surenchère du pathétique".... mais dénonçons-là quand même.
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Madagascar, Janvier 2006
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