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Association Zazakely

Publié le 26/07/2004 14:27 par elman

Madanight : Christian Jaggi, bonjour! Pouvez vous nous présenter l’association Zazakely pour les internautes ?
Christian Jaggi : Bonjour. Je tiens tout d’abord à vous remercier au nom de l’Association Zazakely pour l’intérêt que vous nous portez, car il est vrai que sans publicité et sans média la plupart des associations humanitaires auraient du mal à atteindre leurs objectifs.
L’Association Zazakely est née en 2002, mais aurait pu être ouverte au moins deux ans avant. En effet l’idée avait déjà germé dans l’esprit de mon amie Rose De Cicco ; Présidente de l’association ; et le mien en 2000 lors d'un séjour d'un mois sur le sol malgache. Pour elle Madagascar n’était pas un pays inconnu puisqu’elle y est née et y a séjourné plus de douze ans. Par contre son retour au pays trente ans après son départ a été un véritable calvaire ! Rien n’était resté intact et elle a eu pendant quelques semaines l’impression que des bombes avaient détruit l’Île Rouge. Dès notre retour en France nous avons ressenti le besoin d’agir en faveur de Madagascar, mais nous avons préféré le faire à titre "officieux" le temps de trouver des personnes motivées pour nous suivre.
Le bureau de l'association Zazakely
Et qui aurait été plus à même de nous seconder que deux des sœurs de Rose?
L'aînée; Ginette; a passé sa jeunesse et son adolescence dans ce pays et Jannie; la cadette; y est également née. Leurs meilleurs amis et souvenirs sont à Madagascar, alors c'est tout naturellement qu'elles nous ont rejoint dans l'aventure. C'est ainsi qu'est née l'Association Zazakely régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901.
 
Les membres du bureau sont donc:
- Présidente: Rose De Cicco, de nationalité française née à Madagascar.
- Vice-Présidente: Ginette Vitry, de nationalité française née à la Réunion.
- Secrétaire: Jannie George, de nationalité française née à Madagascar.
- Trésorier: Christian Jaggi, de nationalité suisse né en Suisse.
 
Nos statuts initiaux stipulaient l'aide et le soutien aux enfants et écoles de Mada, mais nous attendons l'accord de la sous-préfecture de Haute-Savoie concernant quelques modifications que nous avons dû y apporter car ils ne correspondent plus aux objectifs actuels. Depuis sa création et jusqu'au mois dernier, toutes les actions de l'association ont été réalisées par quelques bénévoles et l'ensemble des dirigeants. Maintenant nous avons pris la décision d'accepter des membres (actifs ou adhérents), car nous avons enfin une traçabilité réelle de chacun de nos envois et il nous paraît normal que chaque personne puisse contrôler par elle-même la destination finale de tout don. Nous attachons beaucoup d'importance à la transparence de nos actions.
MN :  Quel est l'objet de votre association et quelles ont été vos réalisations ?
CJ : Au début nous étions partis avec l'idée d'aider les enfants et les écoles, mais comment ne pas s'impliquer plus en avant, c'est-à-dire aller à la source des problèmes et chercher les raisons pour lesquelles les parents ne peuvent pas laisser leurs enfants avoir accès à l'éducation.
Problèmes de revenus, de rentabilité des sols, d'exode rural, tout est lié et peut être un facteur de l'augmentation de l'an alphabétisation ou encore de la recrudescence de la prostitution chez les mineurs.
En fermant les yeux sur ces données, l'aide humanitaire extérieure ne pourra jamais cesser. Est-ce vraiment le but?
Il y a une véritable prise de conscience à réaliser au niveau de chaque association, pour aider le développement durable et rapide de Madagascar.
Notre premier souci une fois l'association constituée a été d'avoir un relais directement dans le pays car les priorités peuvent à tout moment changer (catastrophes naturelles, famine, …) et il est très important pour nous d'en être informé le plus rapidement possible. De même nous avions besoin de personnes sérieuses et de confiance pour la réception de nos envois et la mise en route de nos projets locaux.
Nous avons résolus ces tracas en nous associant avec l'Association ANAS (Association des Natifs d'Ankadinondry Sakay) pour certains projets. Cette association travaille comme nous dans le Moyen-Ouest. C'est avec ANAS que nous avons mis en route un système de parrainage scolaire qui devrait pouvoir s'intensifier en fin d'année.
C'est également grâce à la Présidente de cette association que nous sommes devenus partenaire des Mairies de Tsiroanomandidy et de Babetville-Sakay.
M Hygin Randrianary, sa femme et Hélène
Il y a deux ans nous avions déjà conclu des accords avec Monsieur Hygin Randrianary (qui à l'époque n'était pas encore Président de l'Ordre National des Odonto-Stomatologistes) concernant la recherche et l'envoi de matériel devant déboucher sur une couverture totale de Madagascar en soins bucco-dentaires gratuits. Deux véhicules ont donc été envoyés en 2003 pour lancer le projet et normalement une caravane devrait bientôt suivre la même voie pour être transformée en cabinet de consultations ambulant. Nous sommes donc bien loin de notre objectif de départ, puisque la première année notre aide se bornait à amener et envoyer du matériel scolaire pour la région de Babetville-Sakay.
 
Cette année grâce à une information venant du Maire de Tsiroanomandidy, Monsieur Eric Hermann Raparison nous avons bénéficié d'un transport maritime gratuit. Huit tonnes de matériel humanitaire ont donc pu être envoyées à nos partenaires. Un volume de 18 m³ environ! Parmi cet envoi se trouve également près d'une vingtaine de gros cartons de livres de tous genres devant servir à la réouverture de la Bibliothèque Communale de Babetville selon le souhait d'Hélène la Présidente d'ANAS.
Babetville Sakay
MN : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez sur le terrain ? Qu'est ce qui selon vous serait à améliorer en priorité ?
CJ : Si vous le voulez bien je vais diviser ma réponse en deux parties, d'un côté Madagascar et de l'autre la France puisque ce pays est également un terrain de travail pour nous.
Pour Mada:
Depuis le début de l'année nous ne rencontrons plus de véritables difficultés sur le terrain. Les années précédentes nous avouons que nous avons eu quelques désaccords avec certains élus qui voulaient profiter de notre venue à des fins personnelles, mais les éléments sont à présent rentrés dans l'ordre. Un point pourrait toutefois être modifié: Les taxes de dédouanement du
matériel humanitaire. Il faut voir les choses en face, les transports maritimes entre l'Europe et Madagascar coûtent chers et beaucoup d'associations ne peuvent pas se permettre de payer le transfert et le dédouanement. Il existe bien entendu des moyens de demander des détaxations au coup par coup, mais cela implique des démarches administratives souvent lourdes et lentes.
Pour la France:
La grosse difficulté ici se situe directement au sein du "monde humanitaire". Nous estimons que notre rôle est également d'aider les autres associations travaillant pour Madagascar, ceci aussi bien au niveau administratif (import et export de matériel ou véhicules) qu'au niveau expériences, contacts et autres. Par exemple nous avons communiqué l'existence du dernier transport gratuit dès que nous l'avons su. Nous avons mis plusieurs messages sur des forums Internet différents pour qu'un maximum d'assos puisse en profiter. Nous nous sommes même occupé du matériel de certaines d'entre-elles jusqu'à Anvers.
Par contre je trouve triste que certaines ne jouent pas le jeu et gardent jalousement ces mêmes informations comme s'il y avait une compétition ouverte ! Je pense que certains dirigeants prennent leurs titres un peu trop au sérieux et devraient parfois mettre leurs intérêts personnels au second plan.
La règle numéro un de l'humanitaire est de ne rien attendre en retour, il n'est donc pas question de faire pression sur tel ou tel gouvernement pour en retirer un quelconque privilège privé sous prétexte que l'on aide le pays.
L'on parle souvent de corruption à Madagascar, alors il serait temps de réaliser que des associations agissent de manière identique et sous couvert d'humanitaire, discréditant l'ensemble par leur geste.
MN : Comment financez vous vos actions ?
CJ : Jusqu'à cette année tout l'argent de fonctionnement de l'association a été pris sur nos fonds personnels. Depuis nous organisons des soirées (la dernière a eu lieu le 12 Juin) et nous vendons de l'artisanat malgache ainsi que des photos au cours de manifestations comme les marchés de Noël ou les fêtes communales.
Nous recevons aussi des dons de particuliers ou d'autres associations. L'association de la police de notre région nous a versé l'ensemble des bénéfices de leur dernière soirée et une association de joueurs de tarots nous a également donné la recette de leur stand lors de la Fête de la Musique.
Maintenant que nous avons des partenariats avec des collectivités nous allons être obligé de demander des subventions départementales pour pouvoir répondre aux attentes de ces mairies.
Le financement est toujours un point sensible et prend passablement de temps. On est souvent sur la corde raide et se maintenir dans les chiffres positifs tient de l'exercice de style.
Avec la progression de l'association cette année il va falloir que nous passions à la vitesse supérieure, car nous ne voulons décevoir personne.
Nous irons donc taper à toutes les portes pour trouver les fonds nécessaires au bon fonctionnement de nos projets.
MN : Vous oeuvrez aussi pour l'adoption des enfants. Beaucoup de dérives ont été récemment constatées dans ce domaine à cause de l'indélicatesse de certaines personnes: en ce qui concerne l'association zazakely, comment gérez vous cette importante responsabilité que représente l'adoption d'un enfant et quelles garanties offrez vous ?
CJ : Très bonne question qui va me permettre de donner quelques précisions concernant notre position. Notre association n'a pas d'agrément et ne traite donc pas les demandes d'adoptions directement. Depuis l'ouverture de notre site, nous recevons des demandes concernant l'adoption. Des questions se rapportant aux démarches administratives (encore l'administratif!) en vigueur à Madagascar ou carrément des demandes de conseils sur les établissements dignes de confiance. Notre rôle s'arrête donc à envoyer un dossier regroupant
Ecole publique -Babetville
la paperasse obligatoire pour une demande d'adoption et la mise en contact entre "adoptants" et orphelinats.
La page Internet que vous pouvez voir sur notre site peut il est vrai prêter à confusion. Elle n'est en fait qu'un compte-rendu des conditions que nous demandons pour accepter de donner suite à une demande et ceci des deux côtés (adoptants-orphelinats). Une fois les deux partis mis en contact, nous nous éclipsons. Souvent nous relayons les demandes vers des organismes nettement plus compétents car notre but est juste d'aiguiller les gens dans la bonne direction.
Nous pensons que la marge entre légal et illégal en matière d'adoption est infime. En fait c'est une porte ouverte à toutes sortes de magouilles. Nous avons visité pas mal de centres d'accueil et orphelinats pour avoir une bonne approche du domaine, mais malheureusement la majorité ne nous a pas convaincu. C'est pour cette raison qu'à l'heure actuelle nous ne soutenons plus que l'ONG Akany Tsimoka qui bien que s'occupant d'un orphelinat n'œuvre pas dans la sphère de l'adoption internationale.
Dans notre dernier envoi une cinquantaine de cartons contenant des vêtements ont été prévus pour cet orphelinat de la banlieue d'Antananarivo.
MN : Vous avez vous-même contribué à relayer l'appel à sauver la petite Ando. La petite est maintenant entre de bonnes mains en France mais nous savons tous qu'il y a d'autres enfants dans le même cas qu'elle: en ce sens, quel est votre sentiment sur ces dramatiques situations et comment faire pour essayer d'y remédier ?
CJ : Pour Ando l'appel a été relayé par plusieurs webmasters. C'est justement l'un d'eux qui m'a demandé de continuer la chaîne de solidarité. Je l'ai fait car cela rentrait tout à fait dans l'optique de notre association. Nous avons par la même occasion fait suivre un chèque pour contribuer à ses soins. Savoir que l'on s'occupe d'elle à présent est un soulagement.
Je n'ai malheureusement pas de solution miracle pour éviter ce genre de situation. Peut-être qu'avec une meilleure répartition des budgets de l'Etat durant les dernières décennies nous n'en serions pas là? Mais je ne veux pas tomber dans un débat politique. Je trouve simplement navrant (et le mot est faible) que l'on ait laissé le secteur médical sombrer ainsi. Il y a encore bien à faire côté social pour que chacun puisse avoir droit aux soins, c'est une évidence.
Orphelinat Akany Tsimoka
Si l'on veut rester objectif, tout est prioritaire pour le développement de Madagascar. Alors par où commencer? Pourquoi privilégier tel dossier plutôt qu'un autre? On a toujours un sentiment d'impuissance devant ce genre de réalité. L'aide que les associations peuvent fournir paraît dérisoire, mais ne dit-on pas que les petits ruisseaux finissent par devenir des rivières ! En faisant abstraction de toute politique je dirais que le développement est l'affaire de tous et qu'il serait temps de retrousser ses manches. Chacun peut; à son échelle; amener quelque chose à cette marche en avant. En ce moment plane un climat de démotivation générale, c'est dommage d'autant plus que Madagascar a le potentiel pour réussir à s'en sortir. Mais avec l'aide de tous …
MN : Passons à votre actualité. Quels sont vos futurs projets et quels sont vos besoins ?
CJ : Notre prochaine action est en route. Le 11 Août deux véhicules vont partir pour Madagascar. L'un sera à la disposition de la Mairie de Tsiroanomandidy et l'autre permettra à un particulier d'exercer son métier. A l'intérieur de ces voitures voyagera du matériel informatique. Deux ordinateurs pour l'ONG Akany Tsimoka (donnés par l'Association Enfants d'Ailleurs basée en Alsace) et le reste pour la Communauté Urbaine de Tsiroanomandidy. Nous suivrons cet envoi de près puisque nous serons à Madagascar durant tout le mois de Septembre. Nous en profiterons pour faire le tour de nos partenaires pour connaître très exactement leurs besoins et souhaits pour 2005.
Le projet de réouverture de la Bibliothèque Communale de Babetville-Sakay verra certainement le jour pendant ce mois et nous essayerons également de remettre en état des locaux scolaires dans la même ville. Mais pour ce deuxième point il nous manque encore énormément de fonds car les dégâts causés par "Gafilo" ont été d'une ampleur que nous ne soupçonnions pas.
Au mois d'Octobre nous organisons un concours de pêche dans notre région car nous n'avons pas le temps matériel pour nous attaquer à une manifestation plus grande si proche de notre retour.
Nous préparons une table ronde des associations humanitaires oeuvrant pour Madagascar en collaboration avec l'Association "Ecoutes s'il pleut" basée à Montauban. Si tout se déroule normalement, cette réunion aura lieu en Novembre. Le but est de créer un collectif associatif avec mise en commun des expériences, contacts, opportunités de transports et infrastructures de chacun. Bien entendu chaque association restera indépendante quant à ses buts et objectifs.
Nous aborderons aussi le développement durable avec les filières agricoles et touristiques en fonction des régions. Le programme risque d'être chargé! Toutes les associations intéressées par ce forum peuvent prendre contact avec moi pour avoir de plus amples informations. Les derniers jours de l'an nous serons au marché de Noël de Cranves Sales (ville de notre siège social) où nous tiendrons un stand d'artisanat malgache.
Mais d'ici là nous ne chômons pas, nous préparons déjà les envois de matériel humanitaire de 2005! Côté besoins, la liste est longue! Matériel agricole, matériel médical, matériel dentaire, matériel à usage unique, matériel scolaire, matériel audio-visuel, matériel informatique, habits, couvertures, livres, chaussures, … J'ai coutume de dire que l'on prend tout, car tout manque.
Notre souhait serait de tomber un jour sur un directeur de compagnie maritime qui aurait un peu d'humanité et nous offrirait le transport d'un container par année, l'espoir fait vivre …
MN : Pour les personnes qui souhaitent vous aider, comment doivent-ils procéder ?
CJ : Je profite de votre question pour remercier tous les bénévoles qui nous ont aidés tout au long de l'année. Sans eux nous n'existons pas. Toutes les personnes qui veulent nous aider sont les bienvenues, pour cela il suffit de prendre contact avec l'association par mail à l'adresse zazakely@exotisma.com .
Je précise que pour nous le mot aide ne veut pas fatalement dire argent ! Un simple mot d'encouragement est déjà une aide !
Mais nous sommes aussi à la disposition des personnes qui auraient besoin de notre aide, il ne faut pas hésiter à nous écrire.
MN : Si vous avez un message à faire passer aux "gens qui nous gouvernent", quel serait-il ?
CJ : Question piège, mais je vais y répondre franchement. Une association se doit de rester neutre vis-à-vis de la politique si elle veut pouvoir exercer sous n'importe quel régime. L'Association Zazakely est contente d'avoir trouvé des interlocuteurs directs ou indirects qui l'écoutent. Il est important pour nous de nous sentir appuyés et soutenus.
Notre contribution est minime par rapport aux attentes de l'ensemble du peuple malgache, mais pourtant les autorités ne rejettent pas nos demandes. Sincèrement nous n'avons aucune raison de nous plaindre du gouvernement actuel, ni des élus locaux. Pour ce qui est de mes convictions personnelles, je les exprime librement sur quelques forums sérieux bien connus des internautes.
 
MN : Et pour les internautes qui vous liront sur Madanight ?
CJ : J'espère simplement en avoir convaincu un faible pourcentage de l'utilité des associations comme la notre. Si quelques-uns passaient de spectateurs à acteurs je serai content, car Madagascar mérite vraiment quelques efforts.
 
Christian Jaggi, merci pour votre cette interview.
Merci à vous de nous avoir consacré un peu de votre temps
 
 
 



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