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Journalisme à Madagascar
.... pas de censure, ni de liberté
La censure n’existe pas à Madagascar. Officiellement. Le recours de hautes personnalités à la justice pour attaquer des journaux ou des journalistes, les décisions de fermer des stations audiovisuelles qui véhiculent l’opinion de l’opposition, sans oublier les réprimandes publiques adressées à l’ensemble de la profession… tout cela a contribué à diminuer les marges de manœuvres de la presse. Il y en a qui disent que c’est pour le bien de la profession car un journaliste trop libre serait irresponsable et non professionnel. Pour son 140 ème anniversaire, la presse malgache rêve toujours de liberté.
Le journalisme malgache est en liberté surveillée. Le constat est amer. Malgré l’inexistence officielle de la censure, la pratique du journalisme reste un métier à risque. Le rôle que l’on voudrait confier au journaliste est tellement restreint qu’il n’y a plus de place à l’essentiel : informer le public. L’homme des médias devrait promouvoir le développement, en clair, il est un support de propagande permanent. Il doit éduquer le public. Ce dernier est-il un enfant ? En réalité, l’on assimile au rôle du journaliste la possibilité de faire d’un masse média un outil éducatif. Le journaliste doit répéter ce qu’on lui dit. Il doit s’en tenir aux faits tel qu’on les lui présente. Il n’a pas le droit à l’analyse, encore moins à la critique. On rejette aussi d’emblée les journalistes militants.
Rarement, tout un métier est remis en cause quand l’un de ses pratiquants commet une erreur. Le procès contre la presse, au sens propre comme au figuré est devenu monnaie courante. L’on pourrait même y gagner de l’argent. Malgré toute l’incompétence que l’on voudrait bien les attribuer, les journalistes qui ont été traduits en justice sont rarement accusés de propager de fausses nouvelles. La faute est plutôt d’avoir publier la nouvelle. Même la publication d’une caricature, a priori anodin à moins qu’on le prenne au premier degré, peut soulever le courroux de ce qui ressemble encore à un ministère de l’information, soucieux de sauvegarder l’image de l’hospitalité légendaire des malgaches.
Ce qui est inquiétant pour la démocratie c’est la mauvaise compréhension des rôles dans le contrôle mutuel des pouvoirs. Lors d’une rencontre entre les magistrats et la presse, on aura compris que les juges sont là pour servir de balises aux journalistes. Le troisième contre l’ombre du quatrième pouvoir, voilà ce qui réduit encore la possibilité de contrôler les gouvernants. La justice met aussi la pression sur tous les acteurs des médias. Si auparavant, l’imputabilité relevait seulement du directeur de publication, aujourd’hui, le rédacteur en chef et le journaliste auteur du reportage sont aussi accusés. Même les patrons de presse sont inquiétés.
Généralement, l’on pense que le journaliste malgache n’est pas de mauvaise foi, sauf pour quelques médias dont la ligne éditoriale a le mérite d’être claire, quand il se met à dire des choses négatives sur une personne morale ou physique. On crie à l’incompétence, au manque de recoupement et de recherche d’information. Comme si c’était toujours possible. Face à la quantité et la qualité de l’information accessible, certains journalistes ont tendance à devenir des intuitifs en puissance. Ils ont un sens très poussé de la déduction et de l’extrapolation qui leur permet d’annoncer un fait presque banal comme un scoop.
Le journalisme d’investigation est un genre virtuel à Madagascar. Ceux qui s’y sont essayés ont découvert la réalité des salles d’interrogatoires. Amuser ou éduquer le public selon une seule vision, c’est ce genre de journalisme que l’on voudrait bien confier aux journalistes malgaches, à part le fait de servir de porte-voix à tout ceux qui les convoquent. Un journaliste qui ne fait pas de la complaisance ni de la connivence manquerait forcément de compétence et d’objectivité. Il refuse tout simplement d’être un instrument utile mais méprisable. Son indépendance le mène souvent vers la marginalité.
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Madagascar , Mai 2006
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