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Centre Culturel Américain : le journalisme autrement avec Eduardo Cué

Publié le 30/03/2006 06:37 par elman

Centre culturel américain
.... le journalisme autrement avec Eduardo Cué


La presse à Madagascar ne serait-elle pas ce qu’elle devrait être dans un pays démocratique. Le journaliste et formateur américain Eduardo Cué, actuellement correspondant à Paris pour le magazine d’information hebdomadaire U.S. News et World Report était de passage à Antananarivo pour partager son expérience. Il a donné des conférences dont le thème tournait autour du média et de la démocratie au Centre Culturel Américain. Selon Eduardo Cué, « dans une démocratie, le gouvernement ne peut pas faire n’importe quoi, quand il veut, comme il veut ; il faut une restriction ». Les journalistes malgaches ne sont pas encore en mesure d’assurer le rôle de « chien de garde ». Si c’était le cas, le « maître » leur tiendrait en liesse.

Si dans un pays comme la France, on se demande où sont passés « les derniers chiens de garde », à Madagascar, on attend toujours que les premiers se manifestent. Paradoxalement, cette race de journaliste aurait existé durant les différentes périodes de censure. Aujourd’hui, il y a tout juste les médias favorables ou contre le pouvoir en place. Une situation qui est à l’opposé de la conviction d’Eduardo Cué : « un journaliste ne doit pas devenir l’échos frileux et tremblant de la voix de son maître ; ce n’est pas son rôle de s’opposer à quelqu’un ni de soutenir quelqu’un d’autre ». Ce journaliste américain a déjà partagé son expérience dans une douzaine de pays africains. Il a conclu que « dans un pays qui a une liberté d’expression récente, la presse ne soutient plus le pouvoir en place mais quelqu’un d’autre ». Eduardo Cué estime qu’il n’appartient pas à la presse de dire que la politique est bonne ou mauvaise, mais que celle-ci doit ouvrir le débat.

Lors d’une conférence avec les journalistes malgaches, Eduardo Cué a donné son avis sur quelques faits qui caractérisent la presse à Madagascar. « Un journaliste ne doit pas être en même temps attaché de presse ou responsable de communication ». Le cas est tellement fréquent à Madagascar que personne ne s’en offusque. Par contre, la fameuse enveloppe remise au journaliste est le sujet d’un éternel débat. Au début, cette rémunération était clandestine, elle est aujourd’hui officialisée sous la forme d’un per diem ou d’une indemnité quelconque. Toutefois, des personnalités du monde économique et politique ont coutume de remercier le journaliste avant ou après un reportage, estimant redevable d’un service rendu. La pratique est même devenue sociale, relevant de la politesse, qu’il faut beaucoup de tact pour refuser. Les journalistes concernés se défendent d’être contrôlés par les acteurs de la vie nationale dont ils parlent. Pour Eduardo Cué, la situation économique du journaliste ni sa supposée objectivité à toute épreuve ne justifient pas que celui-ci accepte les cadeaux.

Concernant la dépénalisation de la presse, le reporter américain soutient ses confrères malgaches. « Si à Madagascar, le délit de presse va rester dans le code pénal, c’est une très mauvaise chose », a-t-il déclaré. Eduardo Cué a appelé la presse malgache à faire preuve de solidarité quand un des ses membres est poursuivi pour avoir divulgué des nouvelles. Pour ce qui est de l’éviction de certains médias d’opposition lors des conférences de presse et autres événements officiels, il a encouragé les journalistes à faire un boycott. Pour Eduardo Cué, le journaliste peut être militant comme il peut être critique ou informateur. Il est convaincu que le gouvernement ni les patrons de presse ne devraient déterminer un code de bonne conduite pour les journalistes. La liberté d’expression fait que l’on devrait accepter l’irresponsabilité dont un journaliste peut faire preuve. A Madagascar, le ministère chargé de la communication s’est indigné d’une caricature sur laquelle un personnage lisant un journal à l’envers dit : « On nous a confié un âne » !

Maherizo - Tous droits réservés - Reproduction et diffusion, même partielle, interdits © Madanight.com - Madagascar , Mars 2006




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