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Liberté de presse
.... peur sur la ville
C’est l’énième avertissement qui est adressé aux journalistes malgaches du haut sommet de l’Etat. Cette fois-ci, c’est le journal ou le média qui est directement mise en cause. Les patrons de presse ont été sommés de rentrer dans les rangs. C’est la pratique journalistique à Madagascar qui est sans cesse remise en cause. Certains reproches sont sans fondements, d’autres sont justifiés.
Le ton monte. Le président Ravalomanana s’est montré excédé par certaines informations diffusées par voie de presse. La menace est à peine voilée. Le chef de l’Etat prend l’option de la fermeté face à ce qui pourrait être qualifiée de mauvaise pratique journalistique. Le discours n’est pas explicite, les métaphores en arrondissent les angles. Quoiqu’il en soit, les critiques émises par certains médias seraient assimilées à des discours d’opposition, pis de perturbateurs. Les journalistes et les patrons de presse « récalcitrants » sont priés de bien se tenir. Si les reporters et les chroniqueurs ont l’habitude des remontrances diverses, allant de critiques publiques aux droits de réponses agressifs, les chefs d’entreprise qui se sont lancés dans l’édition de presse ou dans l’audiovisuel ont eu droit à leur baptême de feu. Les Marthe Andriambelo, Naina Andriantsitohaina, Edgard Razafindravahy, Rahaga Ramaholimihaso, Nicolas Rabemananjara, William Ratrema … n’ont pas encore été directement inquiétés jusque-là. Le patron de presse qui a subi le plus d’attaque, allant de simples remontrances en public aux procès est Lola Rasoamaharo. Le Président de la Gazette de la Grande Ile assume la responsabilité de son journal en étant le Directeur de publication, un rôle que les patrons de presse commencent à confier à un homme du métier.
 La situation est-elle aussi alarmante que le souligne les associations de journalistes. Ces dernières s’affranchissent désormais de l’Ordre des journalistes de Madagascar dont le nouveau bureau est composé par des journalistes travaillant pour l’audiovisuel public ou pour les médias proches du pouvoir. Elles redoutent le recul de la transparence. Déjà, les ministères et les organismes publics ne sont pas les meilleures sources d’information que l’on puisse avoir, voilà qu’ils sont sommés de ne pas travailler avec les journalistes qui critiquent, gratuitement devrait-on dire, le régime. La pratique journalistique à Madagascar a toujours été sous le contrôle de ceux qui détiennent le pouvoir politique et économique. La complaisance peut être pratiquée officiellement par les médias sous contrôle. La connivence est imposée aux autres. Si le journaliste s’évertue à refuser la petite enveloppe, il est sanctionné et n’aura pas obtenu les informations qu’il souhaite. Il faut dire que très peu de journalistes malgaches ont prévu la dérive de cette relation de proximité avec les sources et les acteurs de l’information. Ces derniers sont devenus prudents à l’égard des reporters qu’ils ne connaissent pas personnellement, ou qui se tiennent à une distance respectable.
Pourtant, les journalistes ont consentis à faire des efforts pour se réconcilier avec les pouvoirs politique et économique. Les patrons de presse ont laissé leurs reporters suivre un stage prescrit par le président de la République et assuré par Jacques Wilkins, de l’Ecole nationale d’administration publique au Canada. De ces «échanges de vue sur la communication», il en sortait la nécessité de la tenue de briefing technique par les sources officielles d’information. Les médias récalcitrants risques d’être écartés. Ces stages organisés par les organismes internationaux ou les ministères apportent certainement un savoir-faire pour le journalisme. Ils permettent aussi de les manipuler en les transformant en porte-parole. Le stage en journalisme d’investigation organisé par la Banque Mondiale frise le conditionnement psychologique. Le représentant de cet organisme s’est indigné du manque de professionnalisme des journalistes malgaches. En tout cas, ministères, organismes internationaux, représentations diplomatiques, grandes entreprises… tous veulent avoir des journalistes spécialisés qui travaillent dans les médias privés et qui seront appelés à couvrir leurs événements.
Sur le terrain, l’exclusion frappe aussi les médias moins connus. Par exemple, le responsable des relations-presse d’un centre culturel malgache n’hésite pas à dire aux journalistes que seuls les journaux quotidiens sont habilités à couvrir l’événement. De même, les dossiers de presse sont souvent nominatifs dans le but de contrôler la diffusion de l’information. Il faut cependant reconnaître que les journalistes malgaches sont des « intuitifs » en puissance. C’est fascinant de lire les gros titres qui rivalisent de sensationnalisme à partir d’un fait simple et banal. Tout le monde se méfie.
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Madagascar, Décembre 2005
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