CYCLE
ECRITURES CONTEMPORAINES / THEÂTRE
....
« EPILOGUE D'UNE TROTTOIRE - CIE NOTOIRE (France)
»
VENDREDI 14 MARS 2008 / CCAC / 19.00
Faisant partie d’un cycle de recherche, intitulé
«
de l’étranger(s)
»*, lié aux écritures du monde dans
lequel est énoncé l’ordre (et le
désordre !) du monde , cette création donne la
parole à une prostituée qui la prend comme son
dernier acte de révolte contre l’agression qui lui
a été faite.
Parole prostituée, parole de l’ombre, parole
exclue parce que parole du désordre, de
l’informel, magma de mots qui font irruption dans ce lieu de
non parole, lieu des silences criants … Mais quelle parole
peut être celle des kilos de chair vendue, en situation de
survie ?
interprétation : Marie Charlotte Biais &
Joao Fernando Cabral
* Thierry Bédard présente ses travaux sous forme
de cycles thématiques se répondant les uns les
autres. Ainsi, celui «
De l'étranger(s)
» hérite d'éléments des
précédents : dans «
les
Eloges de l'analphabétisme », un
théâtre mobile et l'adresse en milieu scolaire ;
dans «
Regards premiers »,
l'idée d'un théâtre à
exposer ; avec «
la Bibliothèque
censurée », en collaboration avec Reza
Bahareni, Iranien réfugié politique au Canada, il
crée d' «
En Enfer »
et une pièce sur la première figure
féminine, «
Exilith
».
Le cycle «
De l’étranger(s)
» s’intéresse aux écritures
qu’on dit «
étrangères
» mais qui souvent sont le fait
d’étrangers à leur propre pays ou
langues. Ces auteurs sont des nomades ; ils sont en exil
intérieur et/ou réel, dans des
déplacements et des décalages de lieux et de
langue par rapport à leur origine.
© Philippe GAUBERT avec son aimable
autorisation
LA PIECE /
«
Epilogue d’une trottoire »
engage le
spectateur à se tenir debout, tout contre la
prostituée.
Dédiés «
à toutes
les
prostituées du quartier de Tsaralalàna
à Tananarive, qui vivent et survivent dans la
dignité», le texte et le spectacle ont
été conçus avec elles et les enfants
de la rue d’Analakely.
Une prostituée raconte son agonie après
qu’un client l’a tabassée, tas de chair
se vidant de ses humeurs à même la
chaussée : «
Je ne veux pas croire que je
suis le corps bousculé/je ne veux pas croire que je suis la
chair mutilée/je ne veux pas croire que je suis celle sur
qui il faut cracher/je ne veux pas croire que je suis
l’être qui encombre/je ne veux pas croire que mes
os sont les os brisés/je ne veux pas croire qu’on
vient de me flinguer au niveau du crâne.»
Le texte semble écrit sur le pavé. Thierry
Bédard a passé des nuits entières
à Antananarivo. Au bar-hôtel le Glacier, de plus
en plus nombreuses, de plus en plus jeunes à se vendre
à la générosité du Blanc,
les filles dansent toute la nuit pour s’épuiser et
ne pas perdre la vie.
C’est une seule comédienne, Marie-Charlotte Biais,
qui prend en charge ce texte racontant les autres. Debout devant un
mur, à moitié nue, à moitié
habillée, se tournant, se retournant, se baissant selon la
demande, elle maintient une distance avec le sujet. Comme
privée de corps, ballottée, elle ne tient plus
que par les mots d’Alain-Kamal Martial.
Elle s’y agrippe, alors qu’un homme en noir anonyme
(João Fernando Amorim Cabral dans ce rôle ingrat)
la manipule à sa guise dès qu’il
décide d’entrer en scène. Tout autour
d’elle, on entend les voix, la bande-son de Jean-Pascal
Lamand montée à partir des conversations
enregistrées avec les prostituées et les enfants
malgaches. Ils ont in extremis droit à la parole. On les
écoute, en passant sur Marie-Charlotte Biais. On ne veut pas
y croire…
Joao Fernando Cabral
LE METTEUR EN SCENE ET L’AUTEUR /
Une des qualités du metteur en scène Thierry
Bédard est l’obstination
doublée d’une curiosité sans limite. Il
a laissé de côté les traditions
théâtrales non pour faire du neuf, mais de la
recherche, du laboratoire Artiste associé
à Bonlieu, la scène nationale d’Annecy,
il y mène des projets qui libèrent et font
circuler les paroles plus qu’ils ne
théâtralisent.
Il travaille ainsi avec un jeune auteur mahorais, Alain-Kamal
Martial (30 ans) qui, entre autres activités, a
créé à Mayotte l’IstaMbul
théâtre.
Ses textes et pièces sont des cris de
révolte documentés relisant avec
pertinence l’histoire de cette
collectivité départementale française.
Comme l’auteur est un actif qui mise sur la
circulation des idées et des artistes (il
travaille avec des Français, des Mozambicains, des
Malgaches…), ses deux récentes
créations présentées à
Annecy font l’effet d’uppercuts – sans
méchanceté.
BIOGRAPHIES /
Thierry Bédard :
Céramiste de 1974 à 1980, il reprend des
études d'Histoire de l'art et de sémiologie et
développe une activité de plasticien
indépendant et au sein de la coopérative
d'artistes Cairn (expositions, performances, installations
vidéo). Après avoir coordonné
plusieurs manifestations culturelles (événements,
festivals,…), il est nommé directeur des services
généraux de la fête de
l'Humanité en 1982. En 1985, il devient régisseur
général du Théâtre de
Genevilliers et membre du Théâtre du Radeau, puis
membre du Studio Théâtre de Vitry où il
occupe pendant trois ans la fonction de régisseur
général et de scénographe (1986
à 1988).
Avec la compagnie Notoire qu’il fonde en 1989, ses spectacles
«
grand public », de recherche,
d’intervention ou jeune public - sous forme de cycles
thématiques - dessinent une trajectoire, ironique et grave,
sans pareille sur les plateaux du théâtre,
aujourd’hui.
C’est à partir de 1994 que Thierry
Bédard est seul à signer les mises en
scènes de Notoire.
Aujourd’hui artiste associé à la
Scène nationale Bonlieu d'Annecy, Thierry Bédard
cultive avec sa compagnie, le don de passer à la
scène des écritures rares, en rupture,
fulgurantes, tendues entre poétique et politique.
Alain Kamal Martial :
Né en 1976 dans le village de M’Zouasia, au sud de
l'île de Mayotte dans l’Océan Indien.
Auteur, metteur en scène, il est
diplômé d'études
théâtrales et prépare une
thèse de doctorat en littérature à
l'Université de Cergy-Pontoise. Il est actuellement
conseiller culturel, chargé de la section art et
littérature auprès du Conseil
Général de Mayotte.
Il a créé en 2000 la compagnie IstaMbul, et a
écrit et mis en scène plusieurs de ses
pièces, dont « P’pa m’a
suicider », présenté au Centre
Dramatique de l’Océan Indien. Depuis 2002, il
entreprend un important travail de recherche et de collaboration avec
des artistes de l'Océan Indien et de l'Afrique Australe. Il
travaille sur un «
théâtre des
énergies ». Il a écrit
depuis 2005 une série de textes intitulée les
«
Épilogues »
joués à La Réunion et en France. Ses
dernières pièces : «
17
millions d'enterrements pour une dépouille nationale
» , traduite en portugais par l'auteur mozambicain Mia Couto,
a été jouée récemment au
Teatro Avenida de Maputo au Mozambique; «
Les veuves
» en tournée internationale en 2007 dans les
centres culturels français.
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Madagascar , Mars 2008