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Affaire VJE
.... Coupable, Voninahitsy Jean Eugène passera deux noëls en prison
Le verdict du procès du député Voninahitsy Jean Eugène a quelque peu surpris. Si ceux qui aimeraient le voir en prison ne se sont pas félicités de la décision de la justice, les avocats comme les politiciens amis du président du RPSD ont dénoncé une certaine « injustice » à ce qu’ils qualifient de « décision politique ». Le parlementaire accusé a reçu une peine de deux ans d’emprisonnement ferme assortis d’amande peu élevée, pour un chef d’inculpation qui n’a rien à voir, du moins directement, avec le… flagrant délit.
Le député Voninahitsy a été reconnu coupable de trafic d’influence dans cette affaire où le plaignant se trouve être un opérateur économique qui a la particularité d’être un officier de l’armée. Verdict : deux ans de prison ferme, une amende de 4 millions ariary et le remboursement de 2 millions ariary au plaignant. L’élu de Maintirano a été arrêté de manière aussi spectaculaire que musclée par des éléments du groupe d’élite de la gendarmerie. Les hommes cagoulés n’ont pas fait de détails pour appréhender le député « pris en flagrant délit d’extorsion de fonds ».
La preuve avancée par les enquêteurs était la somme de 2 millions ariary, un premier paiement des 100 millions ariary qui aurait été réclamés par Voninahitsy Jean Eugène à cet opérateur en compensation de son intervention au niveau du service des douanes. Seulement, dès le départ, la thèse, du moins l’explication d’un capitaine de la gendarmerie peu rodée à la communication de crise a été très peu convaincante. Il était alors facile d’imaginer que les arguments ne seront pas valables au tribunal. Bien entendu, le député a été acquitté, au bénéfice du doute, sur les accusations d’extorsion de fonds et de menace.
Nul besoin d’être un juriste chevronné, encore moins un admirateur ou un partisan de Voninahitsy Jean Eugène, pour se poser des questions lorsque les enquêteurs, et même le ministre de la justice ont insisté sur le cas de flagrant délit devant les médias. L’affaire a eu lieu juste après une condamnation d’un autre député qui n’a pas bénéficié non plus de l’immunité parlementaire. Ce qui est gênant en fait, c’est que la communication faite autour du flagrant délit aurait pu influencer aussi bien l’opinion que la décision de la justice. « Comment pourrait-on ne pas poursuivre en justice quelqu’un qui a été pris sur le fait », a part ailleurs commenté le ministre Lala Ratsiharovala.
L’opinion publique devait admettre que le député accusé est forcément coupable, puisque la présomption d’innocence ne tient plus à cause de l’évidence des faits. En tout cas, le tribunal n’a pas condamné le député sur ces faits de flagrant délit. Il n’a pas non plus proclamé un non lieu et formulé une demande de levée d’immunité parlementaire pour l’autre chef d’inculpation de trafic d’influence. Le verdict est tombé tout de suite. « Nous ne sommes pas satisfaits de cette décision, nous ferons appel » a déclaré Me Willy Razafinjatovo à la sortie de l’audience. Le député Voninahitsy affichait quant à lui un visage souriant, et c’est lui qui réconforte ses proches en leur souhaitant d’avoir du « courage ».
Les réactions des politiciens de l’opposition qui sont venus soutenir le député Voninahitsy ont été unanimes sur le caractère présumé politique du procès. « C’est une décision politique », selon Alain Ramaroson qui a cru que « ce genre de procès était déjà oublié à Madagascar ». « Un procès politique », selon le sénateur Ramasy Adolphe, qui a promis que « la lutte va continuer ». L’avocat Willy Razafinjatovo abondait aussi dans ce sens : « c’est une décision politique, il fallait neutraliser le député par n’importe quel moyen ».
Pour le député Charles Andriamahefa, tous les députés devraient être punis si la pratique de l’intervention est assimilée à un trafic d’influence. Il a rappelé les mots du premier ministre à l’Assemblée qui disait que les députés souhaitant faire une intervention auprès de la primature devrait venir sans la personne qui en bénéficie. Bref, pour ses collègues parlementaires et amis dans l’opposition, Voninahitsy Jean Eugène est victime d’un « assassinat politique ». Le régime se trouve en fait débarrassé de son plus fervent opposant qui a déjà raté la « manifestation pacifique » programmée le 17 décembre dernier. L’opposition quant à elle, en particulier son candidat, perd l’un de ses plus forts piliers pour la campagne des présidentielles de 2007.
La carrière politique de Voninahitsy est tout simplement terminée à 52 ans. Ce n’est pas la première fois que le député de Maintirano va passer du temps en prison. L’on se souvient de son acharnement contre le régime Ratsiraka quand il dénonçait l’exploitation lucrative du pont flottant de l’Ivoloina par la famille de l’Amiral. Il a été emprisonné, rattrapé par une affaire de chèque sans provision mais a été « amnistié » après 2002. Cette fois-ci, s’il perd en appel, il est improbable que Voninahitsy puisse ressusciter de cette deuxième mort politique.
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Eugene
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Madagascar, Décembre 2005
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