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Place du 13 Mai
.... La violence populaire a sévi sur la prétendue « place de la démocratie »
La « manifestation pacifique » que l’opposition a tenté d’organiser malgré la non-délivrance d’une autorisation a été tachée d’une violence inouïe. Les quelques hommes politiques et élus appartenant à la plate-forme 3FN qui ont eu le malheur de descendre sur la place du 13 mai, car il y avait foule, ont été tout simplement pris en chasse par la foule. La relative passivité des forces de l’ordre devant l’agression d’élus de la république violentés en plein Analakely par une bande de « mercenaires » a laissé perplexe les adeptes de la non-violence qui étaient sur place.
Choqués. Il y avait de quoi. Vers 9h30, il y avait déjà foule à Analakely. Des partisans de l’opposition certes, mais aussi beaucoup de badauds et de curieux. Il y avait aussi le « comité d’accueil » qui attendait de pied ferme la venue des politiciens de l’opposition sur la place. A chaque manifestation, il est habituel de voir des personnes qui sont là pour semer le trouble mais on ne sait jamais à quel point. L’instinct grégaire des hommes fait le reste pour sombrer dans une violence collective. Le sénateur Razaka Robert est venu sur la place du 13 mai avec son écharpe républicaine. Ce qui ne le protégeait pas de la colère d’une partie de la foule haranguée par quelques individus qui semblaient plus motivés que les autres. Un groupe d’individus se ruent sur lui pour le prendre à partie. Après avoir été bousculé et reçu quelques gifles, des négociateurs improvisés ont réussi à le mettre à l’abri dans une voiture. L’écharpe aux trois couleurs nationales de cet élu a été piétinée, souillée dans une flaque d’eau avant d’être accrochée à un arbre comme s’il s’agissait d’un trophée.
Le député Faharo, a eu moins de chance car il a un visage facilement reconnaissable et est l’un des parlementaires les plus médiatiques et aussi les plus critiques vis-à-vis du pouvoir. Des gifles, des coups de poings, des coups de pieds au visage, des injures de toutes sortes… ont été administrés par une douzaine d’individus qui s’y appliquaient avec un certains sérieux. L’officier militaire de la gendarmerie qu’il a été a réussi à tenir debout jusqu’aux forces de l’ordre qui n’étaient pas venues à son secours, se contentant de l’accueillir et le mettre à l’abri. Le N°2 de l’Arema à Antananarivo, Harinaivo Rasamoelina, a failli connaître le même sort sans le civisme d’un commerçant qui lui donna refuge. Les sénateurs Ramasy Adolphe et l’avocat Willy Razafinjatovo ont pu échapper à la chasse à l’homme. Daniel Ramaromisa a passé un mauvais quart d’heure même si les assaillants ont été plus tendres avec lui. Le professeur Albert Zafy, un des leaders des 3 FN, a été menacé et a failli être tabassé sans l’intervention de ses gardes de corps et surtout l’aide des forces de l’ordre. Son statut d’ancien président de la République a sans doute justifié l’intervention des policiers et des gendarmes. Par contre, l’un des gardes de corps du professeur a été molesté par la foule.
Une fois le calme revenu sur Analakely, la foule s’est rassemblée sur le jardin. Les policiers essayaient de protéger… la pelouse et les fleurs. Les gens marchaient sur la pointe des pieds ou se sont mis sur les parties couvertes de pierres. Finalement, la rencontre démocratique et le débat en plein air entre citoyens que les 3FN voulaient voir se dérouler sur la place du 13 mai ont eu bel et bien lieu. De nombreuses critiques sur certaines décisions du pouvoir ont fusé dans un ton léger proche de la plaisanterie. Quelques groupes de discussions comptaient même plus de gens qui sont partisans de l’opposition. Certains limitent le débat sur la condition de vie qui devient de plus en plus difficile. Même le cas du député Voninahitsy Jean Eugène a été évoqué. « S’il avait été là, cela aurait été différent… » a lancé un des participants. « Il y aurait eu un affrontement entre deux camps », analyse un autre. Le député de Maintirano a été mis sous mandat de dépôt après l’audition du juge sur une affaire d’extorsion de fonds et de menace. Pendant un moment, la nouvelle de sa mise en liberté provisoire a circulé. Le contexte politique du moment n’a pas servi la cause du monsieur Action des 3FN. Le cas de flagrant délit évoqué contre le député semble ne pas convaincre tout le monde. « Il y a beaucoup de gens qui circulent avec Ar 2 millions sur lui », « 2 millions sur 100 millions, ce n’est pas trop peu pour être un premier acompte ? »… La communication qui s’est faite autour de l’affaire remettrait même en cause la présomption d’innocence. En tout cas, plus d’un ont admis le fait que Voninahitsy Jean Eugène est tombé dans un piège… mais c’est lui même qui l’a tendu.
Les représentants de l’Etat ne se sont pas bousculés dans les médias pour dénoncer la violence d’Analakely. Or, les événements du samedi 17 décembre dernier pourraient porter un coup sérieux à l’unité nationale, et avoir des impacts graves sur le plan culturel, social et politique. Les citoyens d’Antananarivo se reconnaîtraient-ils en ces individus qui ont tabassé des élus et qui ont profané un symbole de la république, soi-disant pour défendre la ville des mille. Il faudra apprendre à organiser des contre-manifestations dans le respect de la démocratie et sans violence. De même, la justice populaire est une pratique non-démocratique qu’il faut sérieusement penser à bannir. Aucun acte de barbarie ne saurait être admis devant la loi, aussi « légitime » qu’il soit. Cela n’est malheureusement valable que dans les pays où il y a un Etat de droit.
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Madagascar, Décembre 2005
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