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Crise de la Jirama
.... le président s'en mêle, il y a de l'électricité dans l'air
Le discours du Président Ravalomanana lors de son déplacement à Mahajanga a été bouillant, il a clamé haut et fort son refus de vendre la compagnie nationale d'électricité. C'était aussi une douche froide pour la population car le chef de l'Etat a annoncé une nouvelle hausse inévitable à cause de la flambée des prix du pétrole. En tout cas, la crise de la Jirama crée des tensions entre le pouvoir et les bailleurs de fonds et alimente désormais les débats politiques.
" Je ne vais pas vendre la Jirama ". Le président Ravalomanana prend les choses en main. Il s'est trouvé dans une position peu confortable depuis la fin du mois de septembre qui aurait du voir la fin du délestage. La situation s'est même empirée car les coupures d'électricité durent plus longtemps. Dans un quartier à forte demande, il y avait déjà deux coupures, la première durait une heure et la deuxième 15 minutes. Aujourd'hui, la durée des coupures a doublé et la grogne commence à refaire surface. Bref, la fin du délestage n'a pas eu lieu comme l'a promis le président. Ce dernier le reconnaît mais attribue la faute à des personnes malveillantes qui profitent de la mauvaise situation de la Jirama. A la veille de la manifestation de l'opposition à Mahajanga, Marc Ravalomanana a pris le devant. Il a dénoncé le dessous politique de la crise de la Jirama et l'existence d'intérêts particuliers de quelques personnes qui usent de tous les moyens pour pouvoir tirer profit de la privatisation de la société.
 Selon Marc Ravalomanana, quelques personnes influentes au sein de la Jirama elle-même ou du Ministère de l'Energie et des Mines pourraient profiter de la situation, notamment pour ce qui est de l'approvisionnement en gasoil. Dans la ferveur de son discours, on aurait compris que le président ne va jamais vendre la Jirama qui fournit " un produit sensible dont la population a besoin ". Il ne souhaite pas voire la compagnie tomber dans les mains d'un privé qui " ne pense qu'à faire du profit ". A tout le moins, la continuité de l'Etat existe puisque les raisons de ne pas privatiser coïncident avec celles qui ont conduit à la nationalisation de la Jirama à l'époque du socialisme. Marc Ravalomanana a envoyé un message clair et fort à l'endroit " des bailleurs de fonds qu'ils soient d'ici, de Washington ou de Bruxelles " : " je le dis haut et fort, la Jirama ne sera pas privatisée ". Et lui d'ajouter : "si vous voulez travailler avec nous, vous êtes les bienvenus, si vous ne voulez pas travailler avec nous, notamment sur ce sujet (la Jirama), vous pouvez partir".
Si Marc Ravalomanana résiste à la pression des bailleurs de fonds à propos de la vente de la Jirama, il a toutefois fait une nouvelle concession sur la révision des tarifs. Un réajustement à la hausse est nécessaire à cause de la flambée du prix du pétrole brut, " un produit dont nous n'avons pas le contrôle " alors que le fonctionnement des centrales thermiques en dépend. La décision a été prise de concert avec les bailleurs de fonds. Le président a aussi révélé le détournement de carburants qui aggrave le délestage. Cette deuxième hausse depuis l'apparition du délestage pourrait épargner les " tranches sociales " et ne toucher que les grands consommateurs. Elle traduit le désaveu du gouvernement qui a donné comme mission au ministre Donat Andriamahefaparany la baisse du coût de l'énergie. Le président appelle la population à économiser l'électricité et à en limiter l'usage à ce qui est essentiel. Ravalomanana marque des points importants avant même que le débat politique sur l'énergie ne soit lancé. Il ne prive pas la population d'électricité, au contraire, il la protège d'un système qui ne pense qu'au profit. Si le Chef de l'Etat prend même le risque de se brouiller avec les bailleurs de fonds, c'est qu'il y a un vrai enjeu politique concernant la maîtrise de l'énergie à Madagascar. Celui qui aura la Jirama, aura le pouvoir.
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Madagascar, Octobre 2005
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