|
Projet de motion de censure à Tsimbazaza
.... le gouvernement sous pression
On attendait la motion de destitution du président de l'Assemblée nationale mais elle s'est envolée avec la commission d'enquête. Les députés semblent plus déterminés que jamais à faire front unique face au gouvernement. Un projet de motion de censure est en gestation dans les travées de l'Assemblée nationale. Si les instigateurs de cette motion n'ont pas du mal à réunir les 80 signatures nécessaires pour que celle-ci soit recevable, ils pourraient toutefois être confrontés une nouvelle fois à la loi du parti.
Pour la motion de destitution avortée du président de l'Assemblée nationale, les députés ont pu recueillir 120 signatures avec une forte majorité de parlementaires du parti au pouvoir. Des députés de la majorité ne sont pas étrangers à la nouvelle motion qui consiste cette fois-ci à censurer le gouvernement. L'actuel premier ministre peut se faire des soucis suite à l'apparition de ce que l'on appelle désormais " la nouvelle majorité " au sein de l'Assemblée nationale. L'existence de cette formation est plus tacite qu'officielle. Elle résulte du retour en grâce du président Lahiniriko Jean qui a su reconquérir l'estime des députés de son parti. Si une motion de censure est déposée, il faudra qu'elle soit votée par au moins 107 députés pour aboutir à un changement de gouvernement. Les revirements politiques de ces dernières semaines ne donneraient pas pour acquis une éventuelle démission du premier Jacques Sylla et de son équipe.
 Le président Lahiniriko Jean a promis une session difficile pour le gouvernement. En principe, l'objectif n'est pas la démission du gouvernement. Il y a tout de même un léger goût de revanche. Les parlementaires souhaitent retrouver leur statut et leur rang vis-à-vis de l'Exécutif. A Tsimbazaza, on reconnaît que les députés de la majorité n'ont fait que suivre le gouvernement. Ce qui leur vaut sans doute " une attitude supérieure " des membres du gouvernement lors des séances de questions-réponses. Sous l'impulsion de leur chef, ils n'entendent pas laissez passer les projets de loi comme une lettre à la poste. Il s'agit en particulier de la loi des finances 2006. Lahiniriko Jean n'a pas seulement promis d'être pointilleux sur la lecture de la loi, il le sera aussi à propos de l'application de celle-ci. Bref, dès le début de la session même, on a donné au gouvernement l'image d'un " Exécutif défaillant " notamment dans la gestion des finances publiques, face à l'insécurité et à l'inflation. Les députés réclament des " solutions immédiates " pour résoudre les problèmes de la pauvreté.
Motion de censure ou pas, la confrontation entre la Chambre basse et le gouvernement risque d'être tendue. Plusieurs sujets brûlants attendent le premier ministre. Crise de la Jirama, les prix des carburants, pénurie de devise, inflation, réquisitions budgétaires, insécurité... la conjoncture n'est pas favorable à Jacques Sylla et à son équipe. Les députés n'ont jamais été en aussi bonne position à l'entame d'une session parlementaire. Ils souhaitent mettre leur empreinte sur le budget 2006. Dans la logique de la décentralisation, ils réclament la réinstauration du Comité local de développement (CLD) - financé à hauteur de Ar 80 millions à Ar 200 millions - qui leur permettaient d'avoir un accès direct à un financement pour des projets de développement.
C'est le gouvernement qui devra prendre la décision de doubler le budget de l'Assemblée nationale ou celle de ne pas considérer les exigences des députés. Parmi ces derniers, le Comité pour le redressement de l'image de l'Assemblée nationale (Crian) juge exagérées les revendications de leurs collègues. Quoiqu'il en soit, c'est un gouvernement sous pression qui va se présenter à l'Assemblée nationale lors de la session budgétaire. Comme il s'agit de politique, difficile de parler de chantage mais plutôt de négociation en force. Le premier ministre risque plus que le blocage du projet de loi de finance. Il met en jeu son poste. Après les déclarations de Lahiniriko Jean, il ne sera pas prudent pour le locataire de Mahazoarivo de se fier à une consigne de vote qui lui sera favorable si la motion de censure vient à être déposée. Comme il a été élu Secrétaire Général du parti TIM, il est en droit de constituer sa propre majorité. S'il en a les moyens.
Maherizo - Reproduction et diffusion, même partielle, interdits © Madanight.com -
Madagascar, Octobre 2005
|