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Alphabétisation
.... une politique sur le long terme dans un pays de tradition orale
Peut-on parler de l'alphabétisation comme un facteur de développement ou de l'analphabétisme comme un des facteurs de pauvreté. La situation à Madagascar est plus qu'alarmante avec près de la moitié de la population qui ne sait ni lire ni écrire. Pourtant, ceci n'est pas jusqu'à maintenant trop d'impact sur l'intégration sociale des personnes concernées. Dans une île où la tradition orale a encore beaucoup d'importance, l'écrit a été accessoirement utile.
L'Etat persiste et signe dans sa lutte contre l'analphabétisme. L'école est toujours la solution privilégiée. En témoigne la politique du gouvernement pour la mise en place de ce que l'on appelle l'éducation pour tous. Encore, l'éducation de base ne se limite plus à l'école primaire car elle doit mener l'élève jusqu'au brevet. L'ambition est louable mais la réalité en est autrement. Si le nombre d'élèves scolarisés a nettement augmenté ces dernières années, la politique gouvernementale en la matière ne porte pas encore ses fruits car près de 40% des écoliers ne finissent pas le cycle primaire. Il faudra se montrer patient car la solution adoptée s'inscrit dans le long terme. Le projet éducation pour tous a l'ambition de réduire de 50% le nombre des analphabètes en 2015.
En attendant, l'engagement de l'Etat dans l'alphabétisation des adultes reste symbolique par rapport aux actions des ONG qui œuvrent dans le même sens. Le fait que 6 millions de malgaches sont concernées a justifié cette forte implication de la société civile. 40% des adultes sont analphabètes. La situation est plus grave chez les femmes car elles représentent les 65% de ces personnes qui ne savent pas lire ni écrire. L'éducation non formelle est alors tolérée en attendant l'effectivité de l'éducation pour tous. Pour l'année 2005, quelque 37.500 personnes seront alphabétisées. En 2006, l'objectif est de toucher 50 000 individus. La lutte contre l'analphabétisme est désormais un enjeu de développement, d'intégration dans le concert mondial. C'est une " alphabétisation créative, source de liberté et de dynamisme au service du développement ".
Madagascar n'est pas si loin de la " norme internationale " selon laquelle le taux d'analphabète à ne pas dépasser est de 40% de la population. Ceci semble reconnaître le fait que la civilisation de l'écrit est loin d'être acquise et universelle. Pour le cas de la Grande Ile, l'écrit n'est pas le véhicule premier de la culture. D'ailleurs, l'édition malgache est empêtrée dans une situation de crise qui l'a pratiquement condamnée à l'inertie. La distanciation par rapport à l'écrit ne risque donc pas d'entraîner une déperdition de la culture malgache. Au contraire, elle a permis à la tradition, à certaines formes culturelles s'exprimant par l'oral d'être transmis de génération en génération.
Les actions d'alphabétisation évitent soigneusement d'empiéter sur le domaine culturel. Elles évoquent surtout le progrès, la réussite sociale, la citoyenneté, l'accès à l'information… Les trois anciennes mais récentes gloires du sport français, le footballeur Emmanuel Petit, le rugbyman Laurent Cabannes et l'athlète Stéphane Diagana ont associé à leur réussite personnelle, que ce soit dans la vie ou dans le sport, le fait qu'ils sont allés à l'école. Ils ont prêté leur image pour la lutte contre l'analphabétisme. Leur message à la tribune a été traduit de manière très approximative. Ce qui laisse présager le triple analphabétisme que risque le malgache. Déjà, on n'y arrive pas avec la langue nationale dont l'unicité est plus politique qu'effective. On demande aux populations d'écrire le malgache officiel, une forme de langue qui est perçue comme un dialecte par des millions de personnes qui ne la parlent pas. Ensuite, la difficulté est double avec la langue française qui est de moins en moins maîtrisée. Enfin, voilà que l'on pense faire de l'anglais une troisième langue officielle à Madagascar. L'histoire de la lutte contre l'analphabétisme est encore loin d'être écrite.
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Madagascar, Septembre 2005
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