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Marc Ravalomanana
.... le visage de la colère pour une opération de communication
Le président est en colère. C'était lors de l'inauguration du Salon de l'artisanat fin juillet dernier. L'information a fait la une de tous les journaux de la capitale, sauf un. Dans tous les cas, Marc Ravalomanana a montré un visage humain de sa fonction et s'est affirmé comme un chef d'Etat dont le style est plutôt " père de famille " que celui d'un professionnel de la politique. Avec le recul, le plus important n'est pas le fait lui-même mais plutôt les causes et les effets.
Ce jour-là à Mahamasina, les citoyens badauds étaient intrigués, d'autres amusés de la situation. La voiture présidentielle est stationnée sur le parking du Palais des Sports et de la Culture sans que le président en soit descendu. Les autres chefs d'institution que sont le Premier ministre et les présidents des parlements étaient déjà là, postés en garde à vous. Tous attendaient que le problème de la haie d'honneur soit réglé et que le président très irrité par la situation se décide enfin. Marc Ravalomanana de préciser alors que ce n'est pas pour lui qu'il demande les honneurs militaires mais pour les " petits " artisans. Rien de plus normal que de faire honneur à ces derniers lors du salon de l'artisanat. Seulement, on n'attendait pas le président qui a avait déjà un autre engagement le même jour. Par ailleurs, il n'aurait pas reçu l'invitation envoyé par le ministère chargé de l'artisanat mais a pris connaissance de l'événement comme monsieur tout le monde : à la télévision. A la surprise générale, il a décidé de remettre son rendez-vous officiel du jour et venir au Palais des Sports pour le Salon.
Le moins que l'on puisse dire est que le Secrétaire Général de la Présidence et le ministre de l'Industrialisation, du Commerce et de l'Artisanat ont passé un mauvais quart d'heure. Le président demande même aux journalistes de filmer ou de prendre en photo les "fautifs ". Les journalistes se sont exécutés. Les médias, tout supports confondus ont mis l'information à la une : le président en colère, colère noire de Marc Ravalomanana… Si le responsable d'Ambohitsirohitra essaie de se justifier en expliquant la non-disponibilité des militaires, le membre du gouvernement fait son mea culpa et promet d'en tirer des enseignements. Cette dernière stratégie a sans doute été la meilleure à adopter ce jour là. L'opération de communication a connu un début de réussite. Le président est un père de famille qui n'hésite pas à sermonner en public les fautifs et agit avec bienveillance en faveur de ses enfants, en l'occurrence les artisans, au point de prendre en charge une partie des frais du Salon.
A la différence de la presque totalité des médias, un quotidien de la capitale n'a pas marché dans ce que l'on pourrait qualifier de " manipulation médiatique " mais avec un nouveau visage. Il a focalisé sa une sur l'information du salon à savoir la déclaration présidentielle à propos des avantages fiscaux accordés aux artisans. Le même jour, le président a décidé de régler en public d'autres problèmes. Vu que le changement de gouvernement a été un sujet récurrent dans la sphère politique, il a sommé le premier ministre d'écarter ceux qui ne sont pas performants. Surtout, Marc Ravalomanana a réhabilité le président de l'Assemblée Nationale qui a été contraint de déposer sa démission au risque d'être destitué par les députés de son propre parti. Suite à la démonstration d'autorité du président, le message n'a pas eu du mal à passer.
Pourquoi donc le président et son équipe ont-ils entrepris cette spectaculaire opération de communication ? La réponse est simple : il y avait une situation de crise qui pouvait nuire à l'image du chef de l'Etat. En réalité, une polémique sur son " désintérêt " à propos de l'insurrection de 1947 était en train de prendre de l'ampleur. Les " détracteurs " du président ont attendu que l'on ait arrêté de parler de la visite du président français Jacques Chirac à Madagascar pour passer à l'offensive. Lors d'une conférence de presse avec ce dernier, Marc Ravalomanana interrogé sur l'insurrection de 1947 a déclaré qu'il faut penser à l'avenir pour ce qui est de l'histoire des deux pays, que lui-même qui a vu le jour en 1949 n'était pas né en 1947. Cette déclaration pourrait être valable même si le président a omis de préciser qu'il ne faut pas oublier l'histoire. Nombreux sont ce qui ont espéré une " excuse " publique de la France. A leurs yeux, la déclaration du président malgache allait dans le sens opposé.
Ainsi, l'opposition, des associations apolitiques ou non, des simples citoyens… se sont indignés de ce qu'ils qualifient " de minimisation " des événements de 1947. Les paroles de Marc Ravalomanana ont été tout simplement sorties de leur contexte initial. On a oublié du coup les actions et les gestes du président pour les héros de la nation, notamment le 29 mars dernier. L'erreur si elle a eu lieu était dans la manière avec laquelle le président a émis son avis. On pourrait mettre cela sur le fait que Marc Ravalomanana n'est pas un irréprochable francophone. Si le problème relevait au départ de la communication, la solution est logiquement de même nature. L'objectif a été atteint même si la manière était un peu trop voyante à force d'être spectaculaire. Marc Ravalomanana confirme son attachement à un style de communication qui rappelle une personnalité prénommée George W.
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Madagascar, Septembre 2005
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