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Electricité
.... obligation de payer plus et de consommer moins pour sauver la Jirama
La Jirama a eu gain de cause. Le tarif de l’électricité sera enfin réajusté et revu à la hausse. Même si cette décision paraissait parfaitement logique sur le plan économique, la compagnie nationale d’électricité dont la gestion a été confiée momentanément à la société allemande Lahmeyer, n’a pas eu la bénédiction du gouvernement. Ces derniers mois, la Jirama n’a plus été en mesure d’assurer un service de qualité et a dû recourir à une mesure très impopulaire qu’est le délestage. Si l’annonce de la hausse des tarifs a été attendue par les clients, la surprise fût grande et mauvaise notamment pour les gros consommateurs qui devront payer le KWH, à partir du mois de juillet, 40% plus cher que maintenant.
 Les 900 abonnés en ligne moyenne tension et trois autres clients en ligne haute tension paieront le plus lourd tribut de l’ajustement des tarifs d’électricité avec une hausse de 40%. La hausse est de l’ordre de 25% pour l’abonnement en basse tension. Seuls quelque 157 000 clients sur 391 000 en souffriront. Les petits consommateurs seront ménagés. Mieux, la tranche sociale de la Jirama est augmentée à 25 Kwh contre 20 Kwh auparavant. Cela représente environ 234 000 clients. Quoiqu’il en soit, les problèmes de la Jirama ne devront pas disparaître de sitôt. Les mesures de délestage sont maintenues car les centrales thermiques ne tourneront pas à plein régime tant que la Jirama ne puisse donner de garantie face à ses fournisseurs en carburants à qui la compagnie doit près de 60 milliards ariary. Le délestage consiste en fait à maîtriser la consommation des usagers en deçà de la capacité de production des centrales. A Antananarivo, la consommation en heure de pointe a pu être diminué de 10 Mégawatts. Toutefois, la Jirama n’est toujours pas en mesure de programmer le délestage afin de permettre aux usagers et aux entreprises de prendre les mesures adéquates. Une autre douche froide pour les abonnés, le tarif de l’eau fait aussi l’objet d’une hausse générale de 15%.
La Jirama est une entreprise de service public dont les enjeux sont aussi bien politiques, économiques que sociaux. Cette entreprise d’Etat a été auparavant un fournisseur d’argent liquide dans l’urgence pour les dirigeants. Lors de la crise de 2002, la caisse de la compagnie d’eau et d’électricité a été délestée d’importante somme d’argent. Plus tard, malgré la difficulté de la compagnie, une hausse des tarifs a été exclue pour des raisons sociales dans une conjoncture où l’électrification des campagnes est considérée comme un levier de développement, mais aussi dans un contexte d’inflation généralisée. Si l’actuel pouvoir accuse son prédécesseur d’avoir été le bourreau de la Jirama, le bilan des deux dernières années n’est pas non plus flatteur. La compagnie a enregistré une perte record de plus de 200 milliards ariary. Quoiqu’il en soit, fin 2004, l’Etat devait à la compagnie d’électricité 20 milliards ariary. Le président Ravalomanana a toujours dénoncé le coût trop élevé de l’énergie à Madagascar qui serait un frein pour les investissements et un point négatif pour la compétitivité du pays. Pour la survie de la Jirama, l’hypothèse de la hausse des tarifs était tout de même envisagée mais à hauteur de 12%.
L’annonce des nouveaux tarifs de la Jirama qui seront à appliquer à partir du mois de Juillet n’a pas causé plus de remous que l’on l’imaginait chez un public résigné et fatigué par le délestage. Les coupures de courant se sont avérées plus fréquentes et toujours aussi imprévisibles ces dernières semaines. La compagnie a fait face à toutes les critiques tout en préparant l’opinion. De retour du Japon, le président Ravalomanana a déclaré ne pas vouloir s’immiscer dans les affaires de la compagnie dont la gestion a été confiée à des privés. Ce fut le déclic car on savait alors que l’Etat n’allait pas apporter une solution au problème. Malgré toute la pression sur ses épaules, c’est la Jirama qui a gagné dans son bras de fer indirect avec le gouvernement. Elle a pu faire passer la hausse des tarifs et beaucoup plus conséquente que prévue, même si celle-ci demeure insuffisante pour redresser les comptes de la compagnie. Les bailleurs de fonds qui préconisaient la hausse des tarifs d’électricité, ne se sont pas manifestés. La Jirama est encore dans l’attente d’un financement de la Banque Mondiale mais devrait auparavant présenter un plan de redressement. Ce dernier semblait hypothéqué d’avance au regard de la dégradation de la qualité de service et une situation financière irrémédiablement dans le rouge.
Le débat sur la problématique de l’énergie est relancé involontairement par la Jirama. Si Madagascar est doté de plusieurs cours d’eau importants, la création de nouvelles stations hydrauliques n’a pourtant pas été privilégiée en raison du coût élevé de construction. L’énergie renouvelable commence à se faire une petite place notamment dans le sud de l’île. A moyen terme, l’énergie thermique sera toujours en pôle position. Pour son cas, la Jirama essaie de conclure un accord avec des compagnies pétrolières afin d’avoir la garantie d’être ravitaillée en gasoil pour au moins les deux ans à venir. A part les carburants, elle doit s’acquitter, jusqu’en 2010, des frais occasionnés par les centrales thermiques mise en vente-location par des prestataires comme l’Hydelec ou la société Fraise. Le plan de redressement qui va être mis en place sera marqué par le recours progressif aux centrales hydroélectriques et l'utilisation du fuel lourd à la place du gasoil. Auparavant, le coût d’exploitation de l’énergie thermique dépassait le double du prix de vente du kwh par la Jirama. Si à Antananarivo, l’énergie hydraulique permet d’appliquer un tarif de 373 ariary le Kwh après la hausse, cela peut aller jusqu’à 503 ariary dans les provinces qui utilise le thermique. Au ministère de l’Energie, on essaie de relativiser en arguant que ces prix correspondent à ce qui se pratique en Afrique. Une manière de dire que cela ne devrait pas court-circuiter la compétitivité de Madagascar.
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Madagascar, Juin 2005
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