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Manifestations dans la rue : l’Emmo Nat fait le nettoyage par le vide

Publié le 02/05/2005 20:11 par elman

Manifestations dans la rue
.... l’Emmo Nat fait le nettoyage par le vide


Ce n’est pas interdit, néanmoins, il faut une autorisation officielle de la préfecture de police. Les étudiants d’Ankatso l’ont appris à leurs dépens. Après avoir connu la grande marche de la liberté au cours de laquelle des citoyens se sont sacrifiés en 1991, les citoyens n’ont même plus droit à des « petites marches » de revendication ou d’expression d’opinion.

Les étudiants de l’Université d’Antananarivo, en particulier ceux du campus d’Ankatso ont été les derniers en date à subir l’utilisation légale de la force par les éléments de l’Emmo Nat. Ce dernier est en réalité un Etat-major mixte dont la mission est entre autres de ramener l’ordre dans les lieux publics et d’empêcher les troubles. Malgré cette noble mission, l’Emmo Nat n’a pas une bonne image auprès de l’opinion. La présence de ses éléments est loin de rassurer, au contraire, l’on s’attend toujours au pire, soit à l’affrontement, soit à la répression. Par ailleurs, le contingent dépêché sur le terrain est susceptible de donner l’assaut sans sommation quand l’urgence est établie. Cela a été le cas lors de la pénétration des forces de l’ordre dans l’enceinte de l’université. La franchise universitaire a été officiellement levée bien après l’intrusion des forces de l’ordre.

L’intervention énergique de l’Emmo Nat est a priori légitime car elle répond souvent à des provocations lancées par les manifestants. Toutefois, le débat tourne autour de l’intensité de la riposte par rapport à l’attaque. Généralement, les éléments composés de gendarmerie et de policiers essuient des jets de pierres, se contentant dans un premier temps de se protéger grâce à leur bouclier. Quand les hommes en uniforme déclenchent une riposte, on a droit à une véritable scène d’intifada. A Ankatso, les hostilités ont été exceptionnellement ouvertes par les forces de l’ordre. Ces derniers ont fait barrage aux étudiants pour empêcher ceux-ci d’aller dans le centre ville. Il a suffit de la première grenade lacrymogène pour susciter une réaction intense chez les manifestants. Quand l’Emmo Nat passe à l’assaut, il vaut mieux ne pas être en face.

Tout rappelle d’un coup que c’est en effet l’Etat qui a le monopole de la violence. Coup de gourdin au visage, coups de pied perpétrés par plusieurs brodequins sur un manifestant en fuite et qui a été rattrapé, des manifestants maîtrisés de manière énergique et conduits avec beaucoup d’autorité dans un véhicule de police... Pour disperser les étudiants, plusieurs dizaines de bombes lacrymogènes ont été lancées. Quelques éléments de l’Emmo Nat sont équipés d’autres armes encore plus dissuasives qui vont du fusil à la grenade offensive. La force de frappe lancée à l’encontre des étudiants a révolté certains riverains qui étaient témoins de la scène. De plus, les forces de l’ordre n’ont pas attendu la levée officielle de la franchise universitaire avant de pénétrer dans le campus, là où les étudiants manifestants ou non se croyaient être à l’abri.

A Antananarivo et sous l’ère Ravalomanana-Président, l’on retiendra le meeting avorté de la place du 13 mai pour sensibiliser l’opinion sur le sort des « prisonniers politiques » suite aux événements 2002. Les anciens réservistes réquisitionnés pour des opérations de pacification ont pu défiler à plusieurs reprises dans les rues avant d’être réprimandée avec autorité en plein Analakely. Cette liberté d’expression a été refusée aux étudiants. Officiellement, il s’agit d’éviter des troubles de l’ordre public et l’infiltration des casseurs et autres perturbateurs dans la manifestation. Quoiqu’il en soit, la répression des étudiants a été beaucoup plus violente que celle réservée à ces anciens militaires qui connaissent les techniques de combat et qui étaient susceptibles de porter des armes.

Des nombreux héritages culturels que la France nous a laissé, la grève ou la marche sur la voie publique risquent de disparaître. Toutefois, la disparition de ce mode de manifestation ne remet pas en cause de manière radicale la pratique démocratique à Madagascar. Dans un pays où l’on parle beaucoup d’Etat de droit à défaut de l’appliquer, l’expression de la liberté d’expression ne pourra plus être manifestée dans la rue, lieu symbolique de toutes revendications populaires. Ainsi les grandes marches que l’on risque de voir dans la rue pourraient se limiter aux longues processions des organisations religieuses et aux manifestations culturelles comme les carnavals.


Maherizo - Reproduction et diffusion, même partielle, interdits
© Madanight.com., Madagascar, Mai 2005





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