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22 février 2002
.... « l’investiture
légitime » du Président Marc Ravalomanana
Le mois de février de l’année 2002 est chargé
d’histoire pour Madagascar. La crise post-électorale
allait prendre une tournure qui allait s’avérer
irréversible. « Premier tour dia vita » ! C’était
le slogan du candidat Marc Ravalomanana qui
était sûr d’avoir remporté l’élection présidentielle
avec 51% des suffrages. La Haute Cour Constitutionnelle
n’a pas procédé à la confrontation des procès-verbaux
à la demande du KMMR (Comité d’appui au candidat
Ravalomanana) et a rendu un verdict à Mantasoa
le 26 janvier 2002: aucun candidat n’a eu la
majorité absolue, un deuxième tour est donc
nécessaire. Marc Ravalomanana n’a récolté que
46,21% alors que Didier Ratsiraka a dépassé
de justesse la barre psychologique des 40%.
Début février 2002, la grève générale proclamée par le candidat Ravalomanana
a été largement suivie. Il y avait alors les
premiers heurts entre manifestants et forces
de l’ordre, l’apparition de « milices
» dans les provinces. La place du 13 mai ou
la place de la démocratie ne se désemplissait
pas, chaque jour des centaines de milliers de
manifestants y défilent pour montrer leur soutien
à Marc Ravalomanana. La pression populaire
a aidé ce dernier à franchir le point de non
retour. Le 22 février 2002, soit deux jours
avant un éventuel second tour suivant la décision
de la HCC, c’est au stade de Mahamasina
que l’investiture du président « légitime
» des malgaches a eu lieu. La majestueuse cérémonie
officiée par des magistrats n’a pas suffi pour
rendre cet acte légal aux yeux du monde. Les
représentants de la communauté internationale
n’ont pas honoré de leur présence cette investiture
qui a été qualifiée d’auto proclamation. La
présence d’un militaire comme « aide de camp
» donnait à tout le moins l’impression de
la bénédiction de l’armée. Ce qui n’était pas
le cas, Antananarivo était officiellement sous
le coup d’une loi martiale qui n’a pas été vraiment
appliquée.
Alors que de Didier Ratsiraka présidait toujours des conseils de ministres
dans sa résidence d’Ambodiatafana à Toamasina,
Marc Ravalomanana a désigné l’un de ses avocats
à la tête de son gouvernement « insurrectionnel».
Le premier ministre Jacques Sylla a installé
symboliquement ses ministres dans leur fauteuil,
dans leur bureau. L’histoire retiendra le rôle
joué par les religieux dans la mise en place
du nouveau pouvoir. A part la prise de position
claire du FFKM (Conseil oecuménique des
églises chrétiennes) en faveur de Marc Ravalomanana,
les « mpiandry » armés de croix et de
bible sont venus chassés les mauvais esprits
dans les ministères.
Seule la prise de la Primature a fait des victimes. D’abord un jeune homme a
péri en recevant des éclats de grenades quand
la foule était venu accompagner Jacques Sylla
à son bureau. Sans succès. Il a fallu employer
la manière forte. Des militaires soupçonnés
du dynamitage d’un pont ont péri lors de l’assaut
donné par les militaires acquis à la cause du
président Ravalomanana.
L’affaire Tantely Andrianarivo, le premier-ministre déchu, commençait
par une fuite dans les rizières, se poursuit
par un feuilleton politico-judiciaire. Les réservistes
sont entrés en action pour enlever les barrages
anti-économiques et pour neutraliser les miliciens.
Le Lt Colonel Coutiti a semé la terreur
dans la partie nord de l’Ile. Le gouvernement
Sylla a alors décidé d’augmenter la récompense
pour la capture du militaire rebelle à 700 millions
Fmg. Cela était immédiatement payant.
Il y avait relativement peu de violence durant les événements 2002, si l’on
compare à ce qui se passe dans les autres pays
africains. La communauté internationale n’a
pas été insensible à la sagesse des malgaches.
Ces derniers étaient avides de changements et
ont fait preuve de courage et de solidarité
face à la pression internationale et aux néfastes
conséquences des barrages anti-économiques.
La médiation du président Sénégalais qui a réussi
à réunir Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana
à Dakar a contribué au déblocage de la
situation. C’est grâce à un arrêt de la Chambre
administrative que la victoire de Marc Ravalomanana
a été enfin reconnue légalement. Le président
a été investi une nouvelle fois à Mahamasina
le 06 mai 2002. Cela a été nécessaire pour la
reconnaissance internationale. Dans le cœur
de nombre de malgaches, cette deuxième cérémonie
n’était pas indispensable. Ils ont déjà acquis
une très grande victoire, c’était un certain
22 février.
Cela fait trois ans que Marc Ravalomanana est à la tête de l’Etat malgache.
Les premiers mois de sa présidence ont fait
partie de ce que l’on appelle désormais les
« événements 2002 ». Les actuels dirigeants
sont persuadés que le 22 février 2002 est une
référence légale pour la prise de fonction du
nouveau Président. Du coup, ce sont les anciens
responsables de l’ère Ratsiraka, qui ont dénoncé
à l’époque un gouvernement insurrectionnel,
qui ont été accusés par la suite d’usurpation
de fonction. Aujourd’hui, les acteurs politiques
et sociaux n’ont pas encore trouvé un consensus
pour donner un épilogue définitif à cette crise
post-électorale. Le président Ravalomanana se
soucie très peu du débat politique autour de
la nécessité d’une réconciliation nationale
et s’atèle à battons rompus à des réformes économiques
et sociales.
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