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Le président Ravalomanana
.... défie
le syndicat des magistrats et impose sa loi
De mémoire de malgache, jamais un courroux
présidentiel ne s’est abattu sur un corps de
métier avec la même intensité que celle de Marc
Ravalomanana à l’endroit des magistrats. A la
veille de la fin du préavis de grève annoncé
par le Syndicat des magistrats de Madagascar
(SMM), les hostilités ont été publiquement ouvertes
entre le pouvoir exécutif et la petite fonction
judicaire qui voudrait s’agrandir par le biais
d’un nouveau statut particulier.
Le président Ravalomanana a été catégorique et il a fait entendre qu’il
ne reviendra pas sur sa décision. « Nous
n’allons pas nous supplier. En tant que Président
de la République et président du … – il
a oublié sur le moment de quoi il a été président
avant que quelqu’un ne lui souffle le titre
– du Conseil supérieur de la Justice, je
déclare que tous les magistrats qui se mettront
en grève verront leur solde suspendu. Le
trou de mémoire du président est tout à fait
compréhensible car il n’a pas souvent l’occasion
de s’illustrer comme le premier magistrat alors
qu’il se manifeste très souvent comme étant
le Chef Suprême des armées. Marc Ravalomanana
a déclaré ne pas vouloir faire passer les quelque
500 magistrats avant les 17 millions de citoyens
malgaches. « Laissez travailler ceux qui
en ont envie. Il faut que les tribunaux soient
ouverts le lundi 14 février… je ne demande pas
votre avis, je vous l’ordonne » avait lancé
le Président à l’endroit des magistrats.
Pour veiller à ce que la volonté présidentielle soit faite sur notre terre,
le ministre de la Justice Vero Ratsiharovala,
le ministre de la Fonction Publique, du Travail
et des Lois Sociales, Ranjivason Théodore
et le Secrétaire Général de la présidence, Noël
Rakotondramboa, ont veillé à ce que le message
soit bien reçu par les magistrats. Le jour de
la Saint Valentin, le Tribunal d’Antananarivo
a été ouvert mais les juges n’ont pas travaillé
car il y avait officiellement une assemblée
générale. Vero Ratsiharovala ne ferme pourtant
pas la porte aux magistrats afin de relancer
le dialogue. Elle s’est montrée satisfaite du
« suivi partiel » de la grève.
Selon Ranjivason Théodore, les magistrats ne sont supérieurs à n’importe quel
autre fonctionnaire. Il a rappelé la loi 2003-937
qui stipule que tous les fonctionnaires ont
le devoir d’accomplir pleinement leur tâche
et la non réalisation des tâches entraîne une
suspension de fonction, puis une suspension
de solde. Le principe de base est simple, tout
salaire est une contrepartie d’un travail effectué.
Le ministre de l’Economie, des Finances et du
Budget, Benjamin Radavidson Andriamparany,
partage cet avis. Il s’est montré prêt à prendre
très vite les dispositions pour appliquer la
décision présidentielle. Il a aussi laissé entendre
que cette mesure peut toucher les autres fonctionnaires
grévistes, dont les enseignants-chercheurs.
Selon le Ministre Radavidson, les avantages
des magistrats seront envisagés dans un vaste
programme dont l’objectif est la réforme de
l’appareil judiciaire. Le SG de la présidence
qui est un ancien magistrat a voulu nuancer
la déclaration de Marc Ravalomanana en rapportant
que « le président reconnaît le droit de
grève » mais « une grève sans service
minimum est inacceptable ». Il a rappelé
que faire la grève ne relève pas d’un droit
fondamental.
La déclaration du président suscite le débat sur la nécessité d’une dose de
dictature afin de mettre de l’ordre dans le
fonctionnement de l’Etat. Marc Ravalomanana
s’est montré très irrité par la grève des magistrats
alors qu’il se félicite de l’admiration des
bailleurs de fonds et des pays étrangers sur
les réformes démocratique et économique à Madagascar.
La mise en place d’un Etat de droit et de la
bonne gouvernance vacille sérieusement si la
grève illimitée des Magistrats est effective.
En 1995, il a fallu sept mois avant que les
juges ne regagnent les tribunaux.
Pour la situation actuelle, on retient surtout les interventions du président
dans les résolutions de problèmes que les ministres
n’arrivent pas à régler. Il n’est plus étonnant
que Marc Ravalomanana agisse souvent comme s’il
était le chef du gouvernement. Par ailleurs,
il a lui-même déclaré qu’il prenait en charge
toutes les fonctions qui ont trait à la souveraineté
nationale, à savoir les ministères de la Justice,
de la Défense et des Affaires Etrangères. Le
Vice-Premier ministre Zazah Ramandimbiarison
s’occupe de tout ce qui relève du développement
économique. Les miettes reviennent au vrai premier
ministre, Jacques Sylla, qui s’occupe
surtout des ministères à vocations sociales.
Paradoxalement, c’est grâce à une grève générale que le Président Marc Ravalomanana
a accédé à son poste lors de la crise post-électorale
de 2002. Les magistrats ont participé activement
à son accession à la magistrature suprême. Il
y avait l’investiture informelle du 22 février
2002 et la cassation de la décision de la HCC
à propos des premiers résultats. La Chambre
administrative a rendu légal ce qui a été estimé
comme légitime et Marc Ravalomanana fut déclaré
vainqueur de l’élection présidentielle au premier
tour. Sans faire du chantage politique, le SMM
ne manque pas de rappeler ces faits historiques.
Les magistrats sont conscients que cela ne va
pas forcément influencer le Président. On connaît
le rôle tenu par les réservistes dans la mise
en place de l’actuel pouvoir. Leur aventure
s’est mal terminée.(lire aussi : revendications
du SMM et déroulement de la grève)
Maherizo
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© MADANIGHT.com., Madagascar, Février 2005
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