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Un pouvoir judiciaire
.... inexistant
mais qui fait quand même peur
Les prémices de débat de société qui entourent
le préavis de grève des magistrats reflètent
une vision un peu trop simpliste du problème.
Il s’agit d’un corps de métier qui a des revendications
salariales. Ce n’est pas une petite hausse de
salaire. Celle-ci sera effectivement très importante
sans toutefois rivaliser avec les rémunérations
mirobolantes des hauts employés de l’Etat. Au-delà
de l’argent, il y a un pouvoir qui fait peur.
Madagascar n’est pas prêt de connaître un vrai
pouvoir judiciaire qui est apparu dans la Constitution
de la troisième République mais qui est resté
lettre morte.
Si le nouveau statut va améliorer considérablement le niveau de vie de magistrats,
il est surtout redouté par le pouvoir qu’il
confère à ce dernier. Le ministère de la justice
n’a pas attendu l’application d’un nouveau statut
pour faire le ménage au sein de la magistrature.
Des mesures disciplinaires dont l’exceptionnel
retentissement n’a pas eu de précédent, ont
été prises à l’encontre de plusieurs magistrats.
Il ne serait pas indispensable de surpayer les
magistrats si l’Exécutif arrive à mettre la
pression sur eux, donc pas de nouveau statut
et par ricochet, pas de vrais pouvoirs. A quoi
bon donner plus de salaire à des corrompus,
ne vaut-il pas mieux les punir ? Dans ces conditions,
celui qui administre la punition ne risque pas
d’être puni.
Le pouvoir judiciaire a toujours été redouté par les gouvernants qui ont tout
fait pour ne pas le mettre en place. Aujourd’hui,
les conditions sont réunies pour le faire. Seulement,
les citoyens n’auront pas d’aussitôt l’honneur
de voir la Haute Cour de Justice en œuvre, un
haut dirigeant du pays sur le banc des accusés.
Les conditions du procès de l’ancien président
Ratsiraka a fait sourire le monde.
Dans l’objectif annoncé de mettre en place un Etat de droit, le pouvoir Exécutif
soutenu par une majorité totalement acquise
à sa cause à l’Assemblée, n’entend pas compter
sur le pouvoir judiciaire. Au tout récent Bureau
Indépendant Anti-Corruption est confiée la responsabilité
de faire le grand nettoyage. Or, le mot « Indépendant
» a été vite relativisé suite à la nomination
d’un ancien Directeur de Cabinet de la Présidence
à la tête dudit Bianco.
Quoiqu’il en soit, nombre de malgaches espèrent beaucoup de cette nouvelle machine
administrative auprès de laquelle on peut porter
plainte pour dénoncer un fait de corruption.
La réalité du système est autre. Le Bianco
n’a pas un pouvoir aussi étendu que l’on ne
pense. Par exemple, les preuves apportées par
cette entité peuvent s’avérer insuffisantes
pour mettre sous le verrou une personne accusée
de corruption. Devant le tribunal, la défense
peut avoir gain de cause comme cela a déjà été
le cas.
Le système veut que ce soit le juge qui détermine la culpabilité d’un accusé
et non pas un super-Bureau même à l’image du
célèbre FBI. Les malgaches n’ont jamais eu la
culture de la preuve matérielle. Un dicton dit
par ailleurs que la vérité ne peut vaincre un
mensonge si celle-ci est mal présentée. Un juge
aussi corrompu soit-il réfléchira deux fois
avant de donner raison à une partie si les preuves
sont toutes contre cette dernière.
Même si l’opinion publique n’a pas beaucoup d’importance dans la Grande Ile,
ceux qui ne souhaitent pas, ou du moins essaient
de retarder la mise en place d’un pouvoir judiciaire,
profitent de l’existence de la corruption au
sein de la justice. Ils auront la bénédiction
du peuple. Quand les dirigeants sont prêts à
devenir des justiciables comme tout autre citoyen
mais par un tribunal spécial, les malgaches
pourront vivre dans un Etat de droit.
Ce dernier se dessine aujourd’hui par une autorité
centrale qui n’est pas contrôlée. Si un pouvoir
arrive à outrepasser ses droits tout en agissant
dans la légalité, la démocratie est alors en
danger. On n’en est pas encore là ! Dans la
situation actuelle, il n’existe aucun contre-pouvoir
à Madagascar. Les voies démocratiques entrouvertes
par le Président Zafy Albert ont été
fermées depuis bien longtemps.
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