Code de la communication : la
portée de la future loi sur le secteur Internet
Faut-il profiter de la conception du
nouveau
Code de la communication
pour réglementer l'Internet à Madagascar? Les
avis
favorables et ceux qui ne le sont pas semblent motivés par
la
même chose : la crainte.
D'un côté, les défenseurs de la
liberté de
l'Internet affirment qu'une règlementation stricte n'est pas
pertinente pour le moment. Quel intérêt en effet
de
baliser ce secteur des TIC qui a eu du mal à
dépasser les
25 000 abonnés en huit ans? L'expérience montre,
dira-t-on, que les pays qui ont réglementé
très
vite l'Internet ont mis du temps pour s'émanciper. D'un
autre
côté, les partisans de la
réglementation souhaitent
protéger Madagascar des dérives.
L'idée est de
filtrer les contenus accessibles par les internautes malgaches. Les
hébergeurs nationaux devront aussi surveiller le contenu des
sites web et refuser les sites étrangers illicites ou
indésirables.
S'il est
annoncé
que
l'Internet fait partie des médias
régis par la future loi, cela relève
avant tout de
la
diffusion en ligne d'émission radiophonique ou
télévisée. Il est par exemple
stipulé que "
la liberté de communication sur Internet ne peut s'exercer
que
dans le respect de la vie privée " et qu'il faut distinguer
une
communication audiovisuelle en ligne d'une communication
privée,
ne pas mélanger un contenu rédactionnel avec un
contenu
publicitaire. Il est aussi écrit que tout droit de
réponse sera porté sur la page d'accueil d'un
site web.
Manifestation de journalistes
sur
l'Avenue de l'indépendance à Analakely
en 2003: "Dire la vérité est un danger permanent
pour le
journaliste"
" L'atteinte à la
liberté de communication
médiatique doit comporter un élément
objectif
matérialisé par la publication de l'information
ou du
message incriminé ". Les forums de discussion
rassemblent
facilement des internautes qui ont parfois une " volonté de
nuire ", même s'ils ne saurait y avoir un engagement
éditorial. Les délits contre les personnes faits
d'"
allégation ou imputation qui porte atteinte à
l'honneur "
même sous forme dubitative, les diffamations et les injures
ont
leurs " tarifs ". L'idée était de supprimer la
peine
d'emprisonnement pour les délits de presse et de rendre les
amendes plus dissuasives en convertissant le Fmg en Ariary (1Ar = 5
Fmg). Si auparavant, le directeur de publication assumait exclusivement
la responsabilité pénale, bientôt, il
la partagera
avec le rédacteur en chef et l'auteur de l'article ou de
l'information.
Une diffamation ou une
injure
envers les représentants de l'Etat
et des institutions va coûter 30 000 à 1 million
Ar
à son auteur. C'est le même tarif si
le message a
porté atteinte à des particuliers. N'essayez pas
d'inciter les gens à ne pas payer leurs impôts car
cela
peut vous coûter jusqu'à 30 millions Ar. Une
mobilisation
citoyenne et collective contre un acte légal que vous jugez
injuste peut valoir jusqu'à 20 millions Ar. Ne publiez pas
de
fausses nouvelles en diffusant des faux documents même
attribués à autrui. Le tarif est de 60 000
à 4
millions Ar. Enfin, un outrage aux bonnes mœurs que vous avez
cru
amusant peut vous coûter jusqu'à 500 000 Ar.
Quelques
peines d'emprisonnement sont encore présentes dans le projet
de
code et vont de un à cinq ans. Elles sont
motivées
principalement par tout délit de presse qui provoque la
haine,
la discrimination, le racisme, le crime de meurtre, le pillage,
l'incendie…
Depuis huit ans, les internautes malgaches ont
été
contraints à consommer avec modération. Du coup,
le mythe
du web, un espace de liberté totale, un moyen d'expression
illimitée n'a pas eu le temps de s'imposer dans la
conscience collective. Contrairement à bien de secteur
d'activité, l'Internet a été rarement
une zone de
non-droit minée par l'informel. Difficile de ne pas se poser
la
même question :
faut-il
réglementer ou non ?
Maherizo
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France,
Septembre 2004