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Rah Ckiky
.... toujours la même histoire d’un mauvais garçon repenti
On avait cru que le succès de son concert avec Samoëla au théâtre de verdure d’Antsahamanitra était dû à un concours de circonstance. Les deux chanteurs venaient en fait d’être les vedettes des pages de faits divers. Seulement, Samoëla a tourné la page non sans avoir raconté cet épisode de sa vie. Dans une chanson, il fait l’éloge de la femme qui l’aime, celle qui l’a toujours soutenu. Pour Rah-Ckiky, il lui fallait tout un concert et même un long métrage pour dépasser cette étape. Le chanteur a toujours le blues, dommage qu’il ne s’agit pas de musique.
C’est un peu embarrassant. Comment un chanteur voudrait-il faire autant de fixation sur une mauvaise période de sa vie privée, reléguant au second plan ses atouts artistiques. Et pourtant, il ne manque pas de talents. La musique est belle, les textes forts et provocateurs. C’est un Rah-Ckiky déchaîné qui a retrouvé ses fans à Antsahamanitra lors d’un spectacle intitulé « Afaka ny gadrako ». Il n’a pas caché son bonheur devant un public venu en masse. Le rendez-vous a commencé de la pire des façons. La projection du film « Tady vy
» ne pouvait se faire. Un fâcheux oubli de la maison de production a fait que le long métrage ne pouvait être projeté à Antsahamanitra. Les œuvres cinématographiques doivent en effet être visionnés par des responsables au sein du ministère de la Culture, au moins une journée avant sa diffusion.
Comment une aventure amoureuse peut-il devenir une mésaventure. Avec la sulfureuse réputation du chanteur, les responsables du ministère avaient toutes les raisons du monde de prévenir la maison de production qu’ils n’ont pas encore visionné le film. Nul ne sait qu’est-ce que le chanteur pourrait raconter dans son film. « Je n’y peux rien, à moins d'enfreindre la loi
» lançait Rah-Ckiky. Voilà un poisson d’avril qui n’est pas trop dur à avaler. Le public avait pourtant payé pour deux spectacles bien différents, en deux parties. La bande à Rah-Ckiky a pratiquement joué l’équivalent de deux concerts pour se faire pardonner. A défaut de voir le film, le public a demandé un bis à la chanson anciennement « sans titre » et devenu depuis « Tady vy ». Le chanteur y règle son compte à un certain Randrianasolo et dénonce le « délit de sale gueule » et les préjugés sur un artiste.
Rah-Ckiky a donc fêté sa liberté. Malgré le slogan « Afaka ny gadrako », sa peine n’est pas totalement levée car il reste sur le coup d’un emprisonnement avec sursis. L’artiste a reconnu que la peine de trois ans n’est pas légère surtout quand il s’estime ne pas être le vrai coupable dans l’histoire. En tout cas, dans l’esprit de la justice, cette période pourrait rassurer les parents de l’adolescente en question. Cette dernière sera donc à l’abri de tout contact avec le chanteur jusqu’à sa majorité. Rah-Ckiky s’en tire pourtant assez bien de cette mésaventure. Il entretenait une relation amoureuse avec une mineure de moins de quinze ans. Sa défense se repose sur le fait que la mère n’y voyait pas d’inconvénient à l’époque. La liaison n’a pourtant pas surmonté certaines limites de la société. Le chanteur en veut donc au père qui le détesterait personnellement. Celui-ci a porté plainte contre Rah-Ckiky pour détournement de mineure. Le chanteur répond que ce n’est plus lui mais un autre.
Le discours de l’innocence semble passer auprès du public. Rah-Ckiky essaie de se donner une virginité en se faisant passer pour la victime. Il a pourtant été un fugitif pendant des mois, prenant la poudre d’escampette au tribunal. De plus, un détournement de mineure de moins de quinze ans est une faute grave. L’on pourrait dire que la justice a été plutôt clémente. Après quelques semaines passées dans la prison d’Antanimora, il est sorti presque « libre », avec une peine de sursis qui devrait l’encourager à prendre le bon chemin. Depuis, le chanteur essaie de montrer un autre visage. Il ne fumerait pas la fameuse plante, un don du ciel dont il avait fait l’apologie dans de nombreuses chansons. Ce qui n’a pas manqué de décevoir certains fans qui avaient cru qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Dommage qu’un artiste de tel talent ait choisi de communiquer sur un fait divers pas heureux du tout pour fabriquer une image. Du coup, on est passé à côté de l’essentiel : la musique et le spectacle. En un mot, c’était génial.
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Madagascar , Avril 2006
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