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Shao Boana à l'AFT d'Andavamamba
.... l'homme a évolué avec sa musique
Pas besoin de « jamala », « ni cocaïne, ni héroïne », on peut se shooter avec de la bonne musique. Shao Boana nous revient de son voyage intérieur dans le pays du reggae et du ragga. Désormais, le rappeur qui a innové le hip hop avec le dialecte « sakalava » semble avoir trouvé sa voie. L’ancien « maboto » est devenu assagi et mûr. C’est dans le ragga et le dancehall qu’il évolue avec bonheur et réussite depuis le concept « 1Lova ». Le public suit l’artiste dans cette nouvelle aventure même si les fans de hip hop et les irréductibles du rap underground ont du mal à digérer. Si Shao Boana s’est lancé dans la musique urbaine, c’est pour occuper la scène. Avant la sortie de son deuxième album, il a présenté un show intimiste et bouillant à l’AFT d’Andavamamba.
Ces sont les institutions culturelles françaises qui lui ont fait confiance en premier. Cela s’explique par le fait que Shao Boana est sans doute l’artiste malgache qui s’exprime le mieux en français avec une rhétorique captivante et sa propre vision du monde. Il n’hésite pas à participer à un slam, un mouvement culturel initié à Madagascar par le CCAC. L’on ne peut non plus oublier qu’il est sans conteste le meilleur artiste-créateur en matière de son. Le « roots, rap, reggae » perdrait de son âme si Shao Boana se limitait aux sonorités issues de la magie de l’électronique. Ainsi, il ajoute des sons de percussions joués en direct, avec notamment l’incontournable Tiana Rainitelo, pour obtenir la « natural vibration » et donner de la vie à la musique.
Le personnage Shao Boana a grandi. De l’ancien « maboto », il ne reste plus qu’un portrait géant que l’artiste affiche au fond de la scène. Depuis, les idées ont poussé tout comme les cheveux. Shao Boana se rapproche définitivement du modèle jamaïcain. Il n’en est pas moins un philosophe du verbe. Ses virevoltants « jijy », une forme de littérature orale, se tourneraient plus vers la dénonciation que la provocation. Sa musique adoucit les mœurs tout comme elle-même est devenue plus douce. La présence de Queen, la choriste, y est peut-être pour quelque chose. Fini la « meute de voyous » qui vociférait sur la scène.
A ses débuts, Shao Boana revendiquait la noblesse de la négritude dans le milieu du rap. Se faisant appelé « makoa », il apportait de la fraîcheur à un mouvement musical qui a commencé à sortir de l’underground. Paradoxalement, c’est dans l’univers jamaïcain que l’artiste a trouvé réponse à ses aspirations africaines. Le chemin a été long, tout comme la quête. Aujourd’hui, Shao Boana est un jeune papa heureux d’un petit garçon qui répond au doux prénom de Jamin Zion. La maman n’est autre que Queen, la choriste qui chante comme une reine africaine avec son style bien à elle. Avec de tels parents, le petit Jamin va sûrement recevoir l’héritage « 1Lova ».
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Madagascar , Mars 2006
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