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Vazo varalila
.... Rah-Ckiky et Samoela complètement pardonnés par leur public
Rah-Ckiky et Samoela sont des personnages qui se sont distingués par leurs textes tranchants au franc parler sans précédents ; mais aussi par leur démêlée avec la justice. Après un passage à l’ombre bien loin des projecteurs, les revoilà au devant de la scène. Les deux artistes ont recouvré leur liberté d’expression et de penser. Rah-Ckiky et Samoela ont été en communion avec leurs fans le temps d’un après-midi dans un Antsahamanitra des grands jours. Le très attendu concert de « Vazo varalila » a été à la hauteur des espérances du public.
Si d’habitude, le public de Tanà est plutôt sceptique face à des affiches qui privilégient le coup marketing au détriment de l’intérêt artistique, l’accueil qu’il a réservé à « Vazo varalila » a été plutôt positif. Malgré leur récente mésaventure, les chanteurs Rah-Ckiky et Samoela sont montés sur scène avec joie et sans aucun complexe. Il y avait même un peu d’autodérision. Francis Turbo qui assurait l’animation pendant que les musiciens se préparent, a porté un uniforme de gendarme, ne se privant pas de se moquer gentiment des deux compères. Rah-Ckiky et Samoela se sont livré un véritable match en se produisant à tour de rôle par deux fois sur la scène d’Antsahamanitra. Pour désigner le gagnant, il est difficile d’avoir recours à l’applaudimètre. Même Tselonina, l’aîné des chanteurs à textes, n’était pas en mesure d’arbitrer le face-à-face.
L’ambiance
On a trop vite conclu que Rah-Ckiky et Samoela ont le même public. Ce n’est pas exactement le cas. Pour ce qui est de l’ambiance, qui signifie entrain et chaleur dans l’assistance, on pourrait donner un léger avantage à Samoela. Cela s’explique par le fait que ses chansons sont plus connues et nombre d’entre elles sont assez rythmées pour chauffer le public. Ce dernier fait preuve encore plus d’enthousiasme pour les premiers tubes de Samoela, qui retrouvent leur saveur d’origine. Pour Rah-Ckiky, le concert a été volontairement haché. Après avoir dansé, le public se remet à s’asseoir pour écouter et boire chaque mot de la chanson. Il ne manque pas de réagir en poussant des cris, riant un bon coup ou manifestant sa surprise.
La performance
Samoela a été appliqué, un peu trop. Le chanteur qui s’est déjà produit par deux fois en concert ces dernières semaines, essaie toujours de créer un bon enchaînement pour relier son premier album et le dernier. Le troubadour délaisse parfois sa guitare et se déchaîne dans une danse qui lui est bien particulière. On pourrait lui reprocher une certaine monotonie dans ses interprétations. Avantage donc à Rah-Ckiky, qui a présenté un spectacle beaucoup plus fourni. Côté chorégraphie, il n’y a pas photo ! Aux pas de reggae et aux déhanchements sensuels du chanteur s’ajoute la prestation de trois jeunes danseuses. A part la variation de rythme, Rah-Ckiky a aussi une variation vocale intéressante. Il peut aussi bien chanter en voix de tête ou sortir une voix rauque extrêmement puissante et extraordinairement limpide.
Le texte
Samoela paraît bien assagi. Ses paroles sont plus mesurées donnant plus dans la poésie que dans la provocation. Le chanteur reste tout de même engagé sur certains sujets. Il ne manque pas non plus d’humour. Comme son « adversaire » du jour, il chante l’amour en le décrivant à sa manière. Samoela est toutefois moins incisif dans sa peinture de la société. Pour Rah-Ckiky, c’est tout à fait le contraire. Ce qui est intéressant c’est son obsession à raconter des histoires vraies mais qui sont à la fois extraordinaires et choquantes. Le chanteur s’est même vengé de son accusateur dans une chanson « sans titre ». Il continue à militer pour la libéralisation de la consommation de « l’herbe »qui est un don de la nature. Le chanteur propose de les exporter pour réduire la pauvreté dans le pays. Rah-Ckiky chante l’amour vrai et mauvais, tel qu’il est vécu dans la vie de tous les jours. Son récit est parfois pathologique et incompréhensible, son langage à la fois cru et imagé.
La musique
Le match a été inégal sur ce point. Rah-Ckiky a pris le dessus sans aucune contestation possible. Il y avait du rythme, il y avait le blues. Aux premières lignes, la pétillante guitare de Ralanto, les magistrales percussions de Bim et la magique flûte de Nicolas Vatomanga, le talentueux saxophonistes, ont fait des merveilles. C’est tout simplement de la bonne musique qui se marie de façon très agréables avec les qualités vocales du chanteur. Par contre, la musique de Samoela a certes retrouvé les sonorités de ses débuts, mais elle paraissait bien légère et trop conventionnelle. Si ses fans de toujours apprécient le fait qu’il n’y ait plus cette influence rock’nroll liée à la présence de Roger Kely d’Iraimbilanja, ils pourraient regretter Tiana Kely de Tambourgasy et son jeu de guitare.
Le look
Tout blanc vêtu avec un ensemble à la coupe simple mais très fantaisiste, Samoela semble vouloir se chercher une nouvelle vertu. Il a toujours comme accessoire de scène une serviette posée délicatement au pied du micro, à côté de sa bouteille d’eau minérale. Rah-Ckiky, lui, boit une gorgée, puis il jette la bouteille fermée sur l’estrade, au milieu de la scène. L’interprète de « 4ème tige » a porté une tenue paramilitaire dont le haut est flanqué de deux étoiles à l’épaule. Il a mis un chapeau de chasseur avant de le troquer pour un bonnet à l’effigie de la Jamaïque. Entre-temps, le public a vu le nouveau Rah-Ckiky aux cheveux très courts mais aux idées bien longues.
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Madagascar, Juin 2005
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