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Grève générale
.... un dernier
recours justifié selon le Syndicat des Magistrats
Malgré la menace et l’injonction du président
de la République, les magistrats ont cessé leur
travail le lundi 14 février 2005. Aucun service
minimum n’a été assuré. Comme les tribunaux
ont été ouverts pour les affaires courantes,
des personnes ont attendu en vain dans les salles
d’audience. Le SG du Syndicat des Magistrats
de Madagascar (SMM), Razakanivoson Richard,
a déclaré qu’aucune pression ne sera faite sur
les juges pour les obliger à respecter la grève
tout en appelant à la solidarité de ses pairs
dans la défense d’un intérêt collectif.
« Nous ne voulons pas faire cette grève. C’est un dernier recours pour avoir
gain de cause. Si cette grève limitée est enclenchée,
on connaît les conséquences ». Selon Rabe
José, SG Adjoint du SMM venu plaider
leur cause sur une station Tv privée, les magistrats
sont les moins bien payés parmi les autres fonctionnaires
qui collaborent avec eux et qui sont théoriquement
hiérarchiquement inférieurs. Le magistrat de
premier grade, le plus haut, a une indice de
salaire de 2400, tout comme le policier principal
deuxième échelon, alors que le pénitencier le
plus haut gradé touche 3100. « Nous avons
demandé une revalorisation avant ces autres
corps de métier, ces derniers ont obtenu gain
de cause depuis un an, on ignore pourquoi l’Etat
n’a pas répondu favorablement à nos revendications
». Pour les indemnités dont celle du logement,
le magistrat est encore en position d’infériorité
déplore-t-on du côté du SMM.
Face à l’accumulation des dossiers judiciaires, la banque mondiale a
financé le ministère pour indemniser les magistrats
afin de liquider des affaires qui sont en retard.
C’est la juridiction qui est notée pour que
les magistrats puissent bénéficier des indemnités.
Il y a un manque évident de personnel car le
nombre de dossier en suspens ne diminue pas
de façon nette. Quand le juge finit de traiter
un dossier et donne son jugement, d’autres affaires
atterrissent sur son bureau. Il y a donc une
impression de stagnation des dossiers au sein
de l’appareil judiciaire. Il y a peu de gens
qui ne font pas appel d’un jugement d’un tribunal
de première instance. Après le cours d’appel,
il y a encore la cour suprême.
Les magistrats sont perçus comme des fonctionnaires qui ne sont pas performants,
qui sont corrompus. Ils manquent de compétence
au point que l’Etat fasse appel à des juges
étrangers pour les conseiller. Les dirigeants
veulent mettre fin à une justice à deux niveaux…
La justice est en effet considérée comme le
fondement de la bonne gouvernance, de l’Etat
de droit, de la démocratie, de la sécurité des
investissements… Un fonctionnaire d’une institution
bailleur de fonds aurait déclaré que le jugement
dans l’affaire Galana serait injuste.
Ce n’est pas Microsoft pour qu’on lui
fasse payer des milliards ! Rabe José se demande
si cela veut dire que c’est l’Etat qui a corrompu
le juge qui a sévèrement sanctionné l’entreprise
avec laquelle il est en conflit. La corruption
apparaît alors la forme d’un trafic d’influence.
Le président est le chef du Conseil supérieur de la magistrature, ce qui veut
dire que la fonction judiciaire est encore dans
l’Exécutif. Seule la Haute Cour de justice mettra
tous les citoyens sous la loi, y compris les
dirigeants. Le plus important pour le SMM est
le statut particulier des magistrats qui devrait
avoir la forme d’une loi organique. Ledit statut
va garantir l’indépendance des magistrats et
les avantages de ces derniers. Le syndicat se
défend de l’existence d’un corporatisme chez
les magistrats. A preuve, le Conseil national
de la justice est aussi composé d’élus ;
au sein de l’Inspection générale de la justice,
il y a aussi des personnes étrangères au corps.
Les bailleurs de fonds sont cités malgré eux dans ce bras de fer entre l’Exécutif
et les magistrats. Du côté du SMM, on rapporte
volontiers l’étonnement de gens de l’Ambassade
de France constatant qu’un juge a le même
salaire qu’un officier de police avec un indice
1000. Les magistrats envient le commissaire
de police stagiaire dont l’indice est à 1500
ou un directeur du Bureau Indépendant anti-corruption
qui est à 2700. Dans le fonctionnement du système
judiciaire, ces « surpayés » sont hiérarchiquement
inférieurs aux juges. En évoquant les bailleurs
de fonds, le président de la République rapporte
l’avis de ces derniers selon lequel, le statut
particulier des magistrats n’est pas une priorité.
Le SMM conteste cette affirmation en affirmant
qu’un représentant des bailleurs de fonds qu’ils
ont rencontré aurait déclaré qu’il s’agit d’une
affaire nationale dans laquelle ils n’ont pas
à intervenir.
Le débat qui avait lieu aussi bien dans les travées de l’Assemblée Nationale
que parmi les simples citoyens a remis en cause
la théorie du « plus de salaire, moins de
corrompus ». Les magistrats méritent-ils
une meilleure condition ? Certains députés les
ont même invité à faire preuve de bonne conduite
avant que le nouveau statut leur soit accordé.
Ainsi, le projet de loi portant nouveau statut
des magistrats n’a pas pu être voté lors de
la session ordinaire de l’Assemblée Nationale,
en décembre dernier. La principale raison est
la non-atteinte du quorum nécessaire. Le bureau
de l’Assemblée Nationale a cru bon de programmer
le vote, annoncé comme une simple formalité,
quelques minutes avant le grand oral du gouvernement,
un événement qui fait toujours déplacer les
parlementaires. Le vote a été une nouvelle fois
boycotté par la majorité. Le syndicat des magistrats
a alors qualifié ce nouveau camouflé de coup
de théâtre. L’éventualité d’une session extraordinaire
pour accéder aux revendications du SMM semble
aujourd’hui peu probable. Les magistrats risquent
même de voir leur nouveau statut rangé dans
les tiroirs de l’Assemblée Nationale si l’Exécutif
arrive à mater la grève générale. Cette dernière
aurait pu durer plus de six mois si le statut
est adopté par les députés à la session ordinaire
du mois de mai, en comptant le temps nécessaire
avant que la loi ne soit promulguée.
Maherizo
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© MADANIGHT.com., Madagascar, Février 2005
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