|
Mada in blue
.... ou le
jazz vernaculaire par Arly Rajaobelina and Co
De mémoire de mélomane, un concert de jazz
destiné au grand public n’a jamais été aussi
parfait que l’a été celui de Mada in blue à
l’AFT. Sous la houlette de l’infatigable Arly
Rajaobelina, les meilleurs musiciens de Madagascar
se sont relayés sur la scène pour faire frissonner
le public trois heures durant. A part les morceaux
standard ou classiques, les amis d’Arly ont
surtout fasciné par ce que l’on appelle désormais
le jazz vernaculaire.
On peut faire du jazz sans perdre sa malgachitude ! Le jazz vernaculaire est
un concept qui associe les racines culturelles
de Madagascar avec cette musique venue de l’Amérique
noire. La formule est toujours originale et
parfois osée. Le concert a commencé par « Petit
enfant des rizières », une version très
jazz de « Iny hono izy ravorombazaha
» concoctée par Arly lui-même. L’on a
aussi vu et entendu le kalon’ny fahiny transformé
par la belle voix de Malala, une jeune
chanteuse découverte lors de Madajazzcar
2004, laissant le public à la fois admiratif
et perplexe. Eric Tagg joue sa batterie pour
donner le même rythme que l’on a avec l’ « ampinga
» dans le « hira gasy ». Rosette,
l’ancienne chanteuse de Feon’Ala avant
de former un duo avec Max Exception,
a hypnotisé le public par une incantation «
beko » et un rythme aux influences antandroy.
Nicolas Vatomanga a récité l’histoire
du « tanisa » avec son saxophone… Le
résultat force l’admiration que ce soit pour
les vrais amateurs de jazz ou les profanes.
Il faut reconnaître que de nombreux musiciens malgaches ont du talent, beaucoup
de talent, pour être prédisposés à approcher
la perfection dans le jazz. S’il fallait élire
le meilleur lors de la soirée Mada in Blue à
l’AFT, le choix ne peut être que subjectif.
Par la grâce de son saxophone magique, Nicolas
Vatomanga pourrait faire l’unanimité. Avec ses
faux-airs de Kenny G, il fascine par ses moments
d’extase alternés par des instants figés où
l’on a l’impression qu’il n’est pas en train
de jouer. Sammy Andriamanoro a délaissé
le sax au profit des claviers. Il est plutôt
du genre très appliqué. Ce brillant compositeur
est un musicien hors pair. Silo qui s’est fait
un peu oublier en faisant des digressions dans
la variété est fidèle à lui-même. Sa fougue,
son talent et sa passion pour le jazz sont intacts.
A la guitare, Solo Andrianasolo a toujours le blues dans la peau et ses
coups de griffes sont toujours raffinés. A la
basse, Tôty est dans le genre serein
et impassible. Si la personne est bien discrète,
son immense talent le trahit. Eric Tagg
ferme les yeux tout en jouant de la batterie
! La notoriété de ce batteur au style très particulier
grandit de plus en plus. Il y a d’autres valeurs
sures comme les percussionnistes Panà
et Moumoussa, le bassiste Eric Rakotoary,
sans oublier la relève dont le jeune et prometteur
pianiste Mahatozo. Le public a aussi
redécouvert Bim, le percussionniste qui
accompagne plusieurs stars de la variété, en
formidable chanteur de jazz. Pour réunir les
meilleurs musiciens de jazz, ou musiciens tout
court, de Madagascar autour d’un projet à la
fois artistique et social, il faut bien un leader
naturel. Arly Rajaobelina pourrait être
le père spirituel, du moins il est le guide.
Pendant deux semaines en janvier dernier, Arly a donné une série de représentations
au Lolly Grey, un club branché de Tanà.
Ces concerts ont été filmés ainsi que des séances
de studio dans le but de produire un CD, puis
un VCD et DVD. Ces produits serviront à promouvoir
le jazz malagasy notamment au près des tourneurs
et des organisateurs de festival. A part ce
projet Mada in Blue, Arly et son complice, le
Dr Michel Boussat, mettent sur orbite
une association qui va sceller la cohésion artistique
et sociale des musiciens malgaches. Dénommée
« Malagasy Jazz Social Club », elle s’inspire
bien entendu des légendaires grands-pères cubains
de Buena vista. Arly et ses amis s’occupent
d’améliorer le sort des enfants maltraités.
Aujourd’hui, Arly Rajaobelina vit à La Réunion où il enseigne la musique, le
jazz en particulier. Il poursuit toujours sa
carrière artistique et forme un trio avec Jacky
Boyer (contrebasse) et Bernard Branca
(batterie). Ce grand musicien a beaucoup tourné
en France dans sa jeunesse. Il est aussi connu
comme étant un compositeur de génie et non moins
découvreur de jeunes talents. Dans les années
80, Arly a fait la gloire de Nono, a
permis à Mamy Ralaivita de gagner le
concours Découverte de la RFI. Sa composition
« Raha latsaka ny orana » interprété
par Roly a été l’une des chefs d’œuvres
de cette décennie.
Arly Rajaobelina a beaucoup fait pour la promotion du jazz à Madagascar, déjà
en créant le premier club en 1985 et la mise
en place d’un grand festival annuel quelques
années plus tard. Il a donné son nom au festival
Madajazzcar qui existe depuis une douzaine d’année.
Le mot n’est pas de lui car il s’agit d’un disque
33 tours sur laquelle figure des compositions
de Arnaud Razafy, enregistré au début
des seventies mais qui n’a pas été distribué.
Paradoxalement, Arly Rajaobelina n’a jamais
été invité à participer au Madajazzcar. Il le
prend avec humour en affirmant que c’est un
festival réservé aux plus grands musiciens !
Le talentueux pianiste se contente d’un superbe
cadeau que Tôty lui a offert et qu’il considère
comme sa médaille de travail : « Song for
Arly » !
|