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Richard Andriamanjato
.... raconte
l’histoire du vote démocratique à Madagascar
Témoin et acteur privilégié de la vie politique
de Madagascar durant un demi-siècle, le Pasteur
Richard Andriamanjato a
partagé le fruit de ses réflexions à propos
de la démocratie parlementaire sur le perchoir
de l’Assemblée Nationale lors d’une journée
de portes ouvertes. Une assistance composée
aussi de bien parlementaires que de simples
citoyens a écouté religieusement l’exposé de
ce grand orateur qui prêche rarement dans le
désert.
« Notre conception de la démocratie ne cadre pas avec notre culture,
affirme Richard Andriamanjato. La démocratie
moderne est une démocratie savante. Elle implique
de faire progresser culturellement le pays avec
ses 50% d’analphabètes qui ne sont pas à même
d’accéder à l’information et de l’utiliser…
Comment des analphabètes peuvent-ils discuter
d’un programme de gouvernement ? Les députés
d’aujourd’hui ne parlent pas d’un problème national,
ils parlent de problèmes de maires et de questions
locales car c’est ce que les gens sont à même
de comprendre ». Etant député de Madagascar,
un élu travaille pour son pays et non pas pour
sa localité. Le Pasteur préconise une « démocratie
au ras du sol ». Il faut trouver une logique
rationnelle, à tout le moins convaincante, pour
partager la même vision de l’avenir.
Richard Andriamanjato rappelle quelques erreurs du passé. Par exemple, dans
les années 60, le gouvernement a doublé le prix
du riz au près des producteurs dans le but d’encourager
les paysans à produire un peu plus. Résultat,
la production a diminué de moitié. Toujours
plein d’esprit, le Pasteur remet en cause l’image
du progrès issue de la culture occidentale.
Un père de famille travaille dur pour avoir
une télévision. Quand il réussit, il ne travaille
plus et passe son temps devant le petit écran.
En réalité, sa vie n’a pas beaucoup changé,
sauf qu’il a la télévision. « Il y a une
juxtaposition de cultures dans le pays, nous
avons pris de la culture occidentale tout ce
qui est futile ou permet de se divertir
». Les malgaches ont une forme de culture communautaire
bien différente de celle des occidentaux où
l’individu prime. Afin de rendre crédible le
pays, le Pasteur propose d’approfondir notre
culture, nos moyens de substance et notre façon
de vivre tout en intégrant les valeurs positives
venant du monde entier.
« On nous a appris la façon de truquer des élections. On nous a appris juste
à remplir l’urne, malheureusement ça change
de couleur une fois dedans ! » Selon l’ancien
président de l’Assemblée nationale, le trucage
des élections n’est apparu qu’après l’indépendance.
Les malgaches ont eu l’occasion de voter pendant
la période de colonisation. Il fallait déjà
savoir lire et ces gens qui avaient une certaine
culture ont voté pour ceux qui luttaient pour
l’indépendance. Les élections étaient assez
conformes à la loi française adoptée en 1884.
Les administrateurs veiller à respecter les
dispositions légales du vote car on pouvait
déposer une plainte à Paris a rappelé Richard
Andriamanjato.
A la fin de la deuxième guerre mondiale, les élections étaient favorables au
MDRM. « Ils se sont dit qu’il faut
changer de méthode mais pas brutalement ».
Toutes les grandes villes étaient aux mains
de l’opposition. Richard Andriamanjato et son
parti AKFM se sont adjugé la capitale. Au référendum
de 1958, les cinq provinces ont voté « Oui »
à la communauté française, Antananarivo s’est
proclamé pour le « Non ». « Antananarivo
ne pouvait se proclamer indépendante, elle devait
rester au sein de la communauté », c’est
une pique à peine voilée à l’endroit de ceux
qui pensent que les cinq provinces peuvent briser
ce principe communautaire.
Après 1960, les anomalies électorales sont apparues avec l’application du système
de liste majoritaire à 55% dans les provinces
pour assurer une large majorité au PSD.
A Antananarivo où l’AKFM de Richard Andriamanjato
était sûr de rafler la mise, on appliquait la
proportionnelle. Pour le Révérend politicien,
le système démocratique est de type contractuel.
« C’est un contrat passé entre celui qui
s’est présenté à un poste et ceux qui l’ont
élu. Comme tout autre contrat, on peut le rompre
si un contractant ne respecte pas ses engagements…
» Le fondateur de l’AKFM invite les électeurs
à demander des comptes aux élus.
« A Madagascar, celui qui arrive au pouvoir se construit un parti à son service
dont la finalité est de le maintenir à la tête
du pays ». Philibert Tsiranana et Didier Ratsiraka
y sont arrivés grâce respectivement au PSD et
à l’AREMA. Marc Ravalomanana est en train d’y
arriver avec le TIM. « Seul le pauvre Zafy n’a
pas réussi avec l’UNDD »… « Ce ne sont
pas des partis avec des opinions idéologiques
ni des choix de vie. Ce sont des partis pour
se maintenir au pouvoir, pour se mettre quelque
chose sous la dent ». Le Pasteur Andriamanjato
qui a été député et président de l’Assemblée
nationale a déploré le manque de fermeté de
caractère, de fidélité aux principes dans la
vie politique à Madagascar. « Nous sommes
dans une phase de démocratie à géométrie variable,
c’est une démocratie faussée ». Le problème
le plus grave serait le divorce entre la démocratie
et la liberté. Pour sauvegarder la liberté,
on va parfois à l’encontre de la démocratie,
l’inverse est tout aussi vrai.
Maherizo
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© MADANIGHT.com., Madagascar, Février 2005
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