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Filière RIZ
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quand le gouvernement fait son marché
Ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre
le premier ministre Jacques Sylla dans les marchés
en plein air de la Capitale. Sous des regards amusés,
interrogateurs et parfois sceptiques de ses administrés,
quelques membres du gouvernement sont descendus
sur le terrain, dans le courant du mois de septembre,
afin de constater de visu les réalités sur la hausse
des prix des PPN. Pour un fois, les malgaches ont
entendu parler du riz plus qu’il n’en mangent. Cet
aliment de base est aussi le régulateur de l’image
et de la santé de l’économie du pays, tout en étant
un symbole politique qui influence fortement l’opinion
publique.
Le gouvernement a tenu à informer les consommateurs sur la structure du prix
du riz de la même manière que l’on a expliqué les
constituantes du prix des carburants pour faire
passer la hausse à la pompe. Cette fois-ci, l’objectif
est d’obtenir une baisse de prix pour l’amener à
3500 Fmg le kilo. Le gouvernement dément officiellement
toute volonté de contrôler les prix ou d’astreindre
les commerçants à vendre à des tarifs indiqués.
A tout le moins, il y contribue. La stratégie voudrait-elle
supposer que des consommateurs informés d’une vérité
de prix ne vont pas acheter et faire pression ainsi
à l’endroit des commerçants. Peut-on espérer une
telle patience aux gens de toutes les catégories
sociales quand il s’agit de l’alimentation de base
qu’ils prennent aux repas trois fois par jour ?
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Les prix.
A priori, ce sont les détaillants qui seront
confrontés à la réaction des consommateurs. On ne
peut pas ignorer le réflexe de certains revendeurs
à retenir les produits et constituer leur propre
stock pour ne pas vendre à perte ou à faible profit.
Les prix des PPN flambent facilement quand il y
a un risque de pénurie perceptible même si cette
dernière est créée artificiellement en dépit d’une
conjoncture plutôt bonne. C’est comme si c’était
le marché boursier des malgaches ; c’est le secteur
ou la spéculation est très forte. Chaque marché
sera tenu d’afficher les cours de la semaine afin
d’aviser les acheteurs. Si le gouvernement souhaite
donc influencer la loi de l’offre et de la demande
pour le marché du riz, c’est dans un objectif a
priori louable puisqu’il veut faire baisser les
prix et soulager les porte-feuilles des ménages.
L’Etat ne va pourtant pas prendre des mesures
économiques radicales comme accorder des subventions
à des acteurs du secteur du riz, encore moins procéder
à la levée de taxes notamment d’importation. La
solution reste l’importation afin de compenser l’absence
de stock de régulation. Difficile en effet de rassasier
les 17 millions de malgaches, un individu consommant
en moyenne 119 kg de riz par an. Pour avoir les
2 millions de tonne de riz décortiqués pour la consommation
nationale, il faut importer environ 200 000 tonnes.
En 2004, le gouvernement a le moyen d’acheter du
riz. Mi-octobre, une première cargaison des 100
000 t de riz thaïlandais, à 260 dollars la tonne,
est attendu à Toamasina. 5000 t sont offerts sous
forme de don, soit la même quantité que le gouvernement
japonais offre sous forme d’aide. Les stocks tampons
d’il y a 20 ans et ses riz presque avariés hâtent
à nouveau bon nombre de malgache en attendant une
autosuffisance alimentaire concentrée pourtant sur
un seul produit et faisant l’objet de beaucoup de
promesse dans les discours politiques.
Le riz est aussi un aliment plein de symbolique
sociale : il y a le « makalioka » à 4500 Fmg le
kilo pour ceux qui font leur marché à Analakely
et le « vary gasy » à 3700 Fmg pour les gens qui
s’approvisionnent à Anosibe. Au départ, le prix
du paddy au producteur est de 2150 Fmg le kilo.
Le ministère du commerce fait un calcul assez simpliste
des coûts et des marges prises par différents intervenants
pour aboutir à 1000 Fmg de plus chez le détaillant.
Ce dernier applique sa marge pour porter le prix
du riz à 3500 Fmg. Cette structure de prix transparente
prend à la gorge les collecteurs, les transporteurs,
les propriétaires d’usines, les revendeurs à différents
niveaux. Si une tension apparaît à une étape du
circuit, cette belle logique des prix risque d’être
perturbée.
La polémique autour du prix du riz a été une
occasion pour la Plate-forme pour la Défense des
Droits et Intérêts des consommateurs et citoyens
de se mettre en évidence. La Pladdic s’est rangée
au côté du gouvernement pour soutenir l’action de
ce dernier pour faire baisser les prix. Toutefois,
elle trouve que 3500 Fmg est encore trop cher. La
Pladdic pense s’en accommoder pour une période limitée
et revendique un prix à 2250 Fmg le kilo qu’elle
juge plus conforme au pouvoir d’achat des malgaches.
Si le débat sur le riz s’est limité sur le plan
économique, c’est que l’on est loin des périodes
électorales. Toutefois, la grogne monte et les conséquences
sociales de la hausse des prix, jusqu’à 8000 Fmg
le kilo dans certaines régions, commencent à être
palpables. Le gouvernement a tenu à éteindre le
feu avant même qu’elle ne s’allume.
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Octobre 2004
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