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Théâtre – Chantier n°2
.... beaucoup d’amour contre la faim du monde
Du 02 au 21 mai dernier, une vingtaine de comédiens ont suivi un stage à Tana dans le cadre du projet « Chantier » sous la direction artistique d’Ahmed Madani. Après le premier chantier de « L’improbable vérité du monde », le numéro 2 intitulé « Des mondes et des mots » a mis en exergue l’échange culturels entre des gens différents mais qui sont appelés à cohabiter dans le même monde. C’est un théâtre qui donne une très grande importance aux comédiens en tant que personnes humaines. Le résultat est littéralement à couper le souffle. Le train du théâtre du futur est en marche.
Escale à la gare Soarano. Le train arrive officiellement avec un quart d’heure de retard même si le public attendait depuis près d’une heure devant la halle, dans le noir et dans le froid. C’est avec chaleur que les quelques privilégiés qui ont pu obtenir une invitation ont accueilli les artistes sur le quai de la gare. Après une brève cérémonie d’accueil, le public est entré dans le hall aménagé en salle de spectacle. Il ne s’imaginait sans doute pas qu’il allait faire un tour du monde grâce à des mots. Des inattendues interrogations sur la condition humaine, des surprenantes fausses vérités, des dialogues et des gestuels explicitement sensuels, une performance scénique qui marie la violence et la douceur… « Des mots et des mondes » a été un spectacle complet, aussi divertissant qu’instructif en faisant autant rire que réfléchir. Ce que le directeur artistique Ahmed Madani qualifie de moment « passionnel, turbulent, sensuel mais digne ! »
Le monde était-il sorti du cul d’une vache ? Ce qui expliquerait ses multiples imperfections. Voici trois devinettes en matière de géopolitique : (1) Mon pays est comme un petit enfant, les grandes personnes lui disent ce qu’il doit faire ; (2) mon pays est comme un soutien-gorge, il soutient tout ; (3) mon pays est comme un string, petit mais toujours bien placé. Les réponses sont, dans l’ordre, Madagascar, Maurice et Suisse. « Des mondes et des mots » c’est aussi un cri de cœur contre les injustices de la mondialisation. Si le public trouve amusant qu’un comorien ne l’est pas vraiment si son président s’appelle Jacques Chirac, il est plutôt sensible à la condition humaine en Mozambique, un pays où les mines anti-personnelles tuent les gens et leurs rêves.
Le thème de la pauvreté a été largement traité dans le spectacle « Des mots et des mondes ». Aux expériences personnelles sont mêlées les caricatures de la société. Il est souvent difficile de discerner la frontière entre le vrai et l’imaginaire. C’est l’histoire d’une vazaha qui trouve un enfant de rue devant son hôtel, elle lui fait prendre un bain et lui donne de la nourriture. L’enfant a tellement faim qu’il pourrait se tuer en mangeant. La faim, ce n’est plus le souci d’une jeune femme malgache qui a rencontré un vazaha qui la gave de nourriture. C’est aussi l’angoisse d’un jeune vazaha qui s’enivre en buvant du coca cola. Harcelé par le fantôme de la faim, il révèle sa souffrance : son cœur a une grande faim d’amour.
Amour toujours, certains moments du spectacle étaient plein d’érotisme. Une « putain » traitée comme une chienne et tenue en laisse par des hommes qui portent un caleçon et un soutien-gorge, des poses lascives, des mouvements lents, la tête d’un homme qui surgit entre les jambes d’une femme, les gémissements de plaisirs de ces dernières… Tout cela a donné un coup de froid dans l’assistance qui ne s’y était pas du tout attendu. Heureusement que la guerre des sexes éclata. Elle se termine en faveur de la femme. On a appris dix raisons de quitter une femme et autant pour quitter un homme. Les hommes seraient comme des cailloux qui tombent sur la femme, ils entrent et sortent par le même endroit !
Les comédiens stagiaires malgaches Vanessa Akoutey, Lalaina Rasijalahy, Fela Karlynah Razafiarison et Andry Ranaivoson ont eu l’occasion de dépasser leur propre culture et de « s’ouvrir à de nouvelles dimensions, de nouvelles alternatives, écouter, regarder, apprendre davantage par le cœur que par l’esprit », comme le veut l’esprit du Chantier. « Des mondes et des mots est un chantier théâtral atypique. Il propose une formation qui procède davantage de l’échange, du partage et de l’écoute que de l’apprentissage d’une technique particulière de jeu théâtral. L’enjeu principal est la rencontre avec l’autre, la singularité de chacun, l’histoire grande et petite de ceux qui sont là… »
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Madagascar, Juin 2005
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