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Francophonie
.... le français est en train de perdre du terrain à Madagascar
En tant que pays francophone, Madagascar fait partie de ceux qui utilisent partiellement la langue française. Cette deuxième langue est aussi une langue officielle utilisée aussi bien dans l’enseignement que dans l’administration. Sa maîtrise était intrinsèquement liée au niveau d’instruction d’un individu. Malmenée dans le domaine scolaire, la langue française a encore de beaux jours devant elle notamment dans le domaine de la communication de masse et celle des entreprises.
Arrivé au pouvoir en 2002, le Président Marc Ravalomanana a toujours manifesté son attachement à la culture anglo-saxonne. Il préférait s’exprimer en anglais ou en allemand qu’en français, sans être un véritable polyglotte. On reprochait même au nouveau président son indifférence par rapport à la culture française. On se souvient de sa petite phrase « Oh yes, j’adore la France », quand un journaliste lui a demandé son avis sur le fait que certains le considéreraient comme étant un « anti-français ».
 Trois ans après, le président Ravalomanana est devenu un meilleur francophone. Quoiqu’il en soit, il a introduit l’anglais un peu partout. Quand il était maire d’Antananarivo, les « Arrêts Bus » étaient devenus des « Bus stop ». Aujourd’hui, le nom des ministères sont affichés en trois langues : en malgache, en français et en anglais. Sa chaîne de télévision Malagasy Broadcasting System est la seule à diffuser des émissions en anglais. Le personnage Ravalomanana a un langage qui lui est propre. Il a lancé une certaine mode linguistique avec les expressions comme « take of », « chief of staff », « public, private, partenarship »…
L’attachement culturel avec la France a fait croire à bien de malgaches que Paris était la porte du monde. Dans le contexte de la mondialisation, la langue anglaise a un statut de plus en plus grand. Par ailleurs, dans les offres d’emploi, on exige de plus en plus souvent la maîtrise de l’anglais, à l’oral et à l’écrit. La présidence de la République fait elle-même paraître une offre d’emploi en anglais. Ce qui inquiète les francophiles, c’est le recul forcé de la langue française. L’utilisation du malgache dans une cérémonie où il y a de nombreux étrangers ne choque plus. Par contre, certaines réunions ou autres séminaires entre malgaches se
déroulent paradoxalement en français. L’hypothèse d’un retour à la malgachisation de l’enseignement refait surface. On projette même d’enlever le français pour ne plus faire partie des épreuves obligatoires au baccalauréat.
Qu’est-ce qui ne va pas avec la langue française ? Cette langue du savoir est parlée et maîtrisée par environ 10 % des malgaches. Avoir le baccalauréat ne signifie pas maîtriser le français aujourd’hui. L’usage croissant d’un mélange de deux langues – parler « vary amin’anana » - dans un milieu de diglossie ne favorise aucune d’elles. On a tendance à croire que les gens qui occupent une fonction importante maîtrisent le français. A l’écrit évidement, à l’oral, c’est moins sûr. A titre d’exemple, les journalistes font les interviews en malgache et les traduisent en français. Pour les journaux télévisés, on ne s’étonne plus de voir une interview en malgache dans l’édition française. Ils sont traduits en voix off, et peuvent même passer en « V.O ».
Sur le web, la langue française domine très largement pour ce qui est des sites web de ou sur Madagascar. Ce qui n’est pas forcément positif vu que le français est une langue de minorité dans le village mondial. Toutefois, la langue de Molière est tout de même l’outil idéal. Elle offre un compromis intéressant entre le besoin de proximité entre le promoteur du site web et son audience et la formidable potentialité de l’Internet à diffuser de l’information à travers le monde. Le Français est la langue officielle des malgaches sur Internet. Presque la totalité des sites institutionnels et d’information l’utilisent.
Le français reste une langue de l’élite malgache. Il domine largement la communication médiatique et la communication commerciale. Les défenseurs de la langue malgache s’insurgent sur le fait que les journaux traitent les sujets les plus importants en français. La langue malgache est sacrifiée au traitement des faits divers et des brèves. Cette idée reçue faisait de la langue maternelle une langue de la masse et non celle des intellectuels. C’est tout à fait faux ! Au contraire, parler et écrire un malgache pur ou littéraire est la marque des personnes cultivées et intelligentes. Dans la pratique sociale, cela devient aussi incongru que parler en français dans une situation qui ne s’y prête pas forcément. Pour que le français soit une langue vivante à Madagascar, il faut qu’il soit en même temps parlé et écrit.
Si la langue est un moyen d’accéder à une culture qui n’est pas la nôtre, il faut reconnaître que le français nous a beaucoup apporté. Si on nous expose de plus en plus à la présence de la langue de Shakespeare, c’est très intéressant car cela mettrait les malgaches en phase avec l’évolution de l’autoroute de l’information. En tant que francophone, il nous appartient de contribuer à alimenter le web en contenus en français. Bref, peu importe que l’on s’exprime en malgache, en français ou en anglais. L’essentiel est de faire passer le message et de faire attention à l’assimilation culturelle. Quelle que soit la langue, c’est toujours la même tête qui pense, le même cœur qui parle.
Maherizo
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© MADANIGHT.com., Madagascar, Avril 2005
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