«
Epilogue d’une trottoire »
....
« se tenir debout, tout contre la
prostituée
»
Parole prostituée, parole de l’ombre, parole
exclue parce que parole du désordre, de
l’informel, magma de mots qui font irruption dans ce lieu de
non parole, lieu des silences criants … Mais quelle parole
peut être celle des kilos de chair vendue, en situation de
survie ? Réponse au CCAC le 14 Mars 2008 dernier.
Dédiés «
à toutes
les prostituées du quartier de Tsaralalàna
à Tananarive, qui vivent et survivent dans la
dignité», le texte et le spectacle ont
été conçus avec elles et les enfants
de la rue d’Analakely. Une prostituée raconte son
agonie après qu’un client l’a
tabassée, tas de chair se vidant de ses humeurs à
même la chaussée : «
Je ne veux
pas croire que je suis le corps bousculé/je ne veux pas
croire que je suis la chair mutilée/je ne veux pas croire
que je suis celle sur qui il faut cracher/je ne veux pas croire que je
suis l’être qui encombre/je ne veux pas croire que
mes os sont les os brisés/je ne veux pas croire
qu’on vient de me flinguer au niveau du crâne.»
Le texte semble écrit sur le pavé.
Thierry
Bédard a passé des nuits
entières à Antananarivo. Au bar-hôtel
le Glacier, de plus en plus nombreuses, de plus en plus jeunes
à se vendre à la
générosité du Blanc, les filles
dansent toute la nuit pour s’épuiser et ne pas
perdre la vie. C’est une seule
comédienne,
Marie-Charlotte Biais, qui
prend en charge ce texte racontant les autres. Debout devant un mur,
à moitié nue, à moitié
habillée, se tournant, se retournant, se baissant selon la
demande, elle maintient une distance avec le sujet. Comme
privée de corps, ballottée, elle ne tient plus
que par les mots d’
Alain-Kamal Martial.
Elle s’y agrippe, alors qu’un homme en noir anonyme
(João Fernando Amorim Cabral dans ce
rôle ingrat) la manipule à sa guise dès
qu’il décide d’entrer en
scène. Tout autour d’elle, on entend les voix, la
bande-son de Jean-Pascal Lamand montée à partir
des conversations enregistrées avec les
prostituées et les enfants malgaches. Ils ont in extremis
droit à la parole. On les écoute, en passant sur
Marie-Charlotte Biais. On ne veut pas y croire…
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Madagascar , Avril 2008