Communiqué
de presse : le Sud comme vous ne l’avez
jamais lu
....
« Roman Vrac », de Jean-Claude
Mouyon
»
Après les livres électroniques gratuits
téléchargeables, après les ouvrages
papier imprimés en Europe et à commander sur
Internet, la Bibliothèque malgache affirme sa
présence au pays avec un premier livre imprimé
à Antananarivo et disponible en librairie.
Certains s’en souviennent peut-être,
L’Express de Madagascar avait publié en
feuilleton, il y a quelques années, une première
version de Roman Vrac. Depuis, l’auteur a continué
à travaillé son texte pour en faire un triple
roman achevé. Une voix forte traversée par toutes
les voix des personnages. Un livre qui approche la perfection dans son
écriture fébrile, son mouvement incessant, sa
gaieté parfois obscurcie de colère.
C’est doux et râpeux à la fois,
peut-être comme du rhum en vrac.
Auteur de pièces de théâtre et
radiophoniques,
Jean-Claude Mouyon a
été
journaliste et se consacre dorénavant à
l’écriture dans le sud-ouest de Madagascar
où il a posé son sac depuis une quinzaine
d’années.
Cette trilogie romanesque a été
présentée le 29 décembre dernier
à Toliara, où réside
l’auteur. C’était pour la
Bibliothèque malgache un choix évident :
proposer à ceux qui vivent dans le cadre même
où s’est écrit et où se
déroule le triple roman de le découvrir avant
Antananarivo.
Il faut les voir ces perdus de l’existence,
Tai Be,
l’Archi, L.R., Caca Citron, le narrateur et tant
d’autres… les voir pour croire en leur
destinée au fin fond de nulle-part-sur-rien dans le sud
squelettique de Madagascar.
En prise directe avec le quotidien de leurs amis autochtones et la
réalité abrupte d’un pays à
la fois magique et désespérant.
Une relation passionnelle.
Ces trois courts romans réunis sous le titre
générique de Roman vrac, drôles,
mordants, tragiques, reflètent les affres mais aussi les
joies que connaissent les étrangers du monde entier.
Comme dit l’autre, si on n’est pas
entrés dans l’histoire on reste becs et ongles
bien ancrés dans la vie.
Le livre de Jean-Claude Mouyon est de ceux qu’un
éditeur est fier de publier.
L'auteur et l'éditeur lors du
lancement de Roman Vrac à Tuléar
Il y a là en effet une authentique voix
d’écrivain, ce qu’on appelle un style.
Il y a là aussi un univers non moins présent,
habité par des personnages hauts en couleurs.
Tout est censé être faux, puisqu’il
s’agit d’un roman. Mieux : d’une
trilogie romanesque. Mais, comme on le fait souvent remarquer avec
raison, seule la fiction est capable de restituer la
réalité dans toutes ses nuances, avec ses ombres
et ses lumières, du moins quand elle est réussie.
Cette fiction-ci est réussie au-delà de toute
espérance. Elle vous prend à la gorge
dès les premières pages. Ne vous lâche
plus.
Et elle vous retiendra longtemps encore quand vous aurez fini de la
lire.
Jean-Claude Mouyon. Roman Vrac, trilogie. Editions de la
Bibliothèque malgache, 192 pages, environ 25.000 Ariary dans
les principales librairies de la capitale. Contact : 22-689-79 ou
032-42-860-38
Extraits
Roman noir
À Madagascar, et principalement dans le Sud, une des
nombreuses croyances veut que le vazaha (mot d’origine arabe,
litt. l’étranger et par extension le blanc) mange
le cœur des autochtones. Ce que l’on appelle
« vazaha mpakafo »
(étranger voleur de cœur).
Une reprise du loup-garou en quelque sorte.
De nombreuses hypothèses tentent d’expliquer les
origines de ce mystère. La plus crédible (parole
d’auteur-menteur-tricheur, inventeur d’histoires
aussi vraies que fausses…) me semble être celle
qui, souvent rapportée par la mémoire collective,
attribue le fait aux pères Jésuites du
siècle passé. Ceux-là, alors
conscience intellectuelle du pays, se trouvèrent mis en
concurrence avec les Francs-maçons. L’expression
m’a été rapportée plus
d’une fois : « Si tu vas chez les
Francs-maçons ils te mangeront la foi. »
La foi, le foie…
« fo ». Une fois de plus la
phonétique aura joué.
N’empêche, la croyance persiste.
À Tuléar, sud-ouest de l’île,
plusieurs vazaha ont été victimes de ces
croyances, allant parfois jusqu’à
connaître la prison. Il suffit d’une
rumeur… et croyez-moi, ça rapporte.
Tsapiky
Transes et ululements, notes criardes et
répétitives, amplis rafistolés et
guitares déglinguées, voix suraiguës et
déhanchements des danseuses à vous faire tourner
de l’œil, reprises sans fin, rifs
déments que seul parviendra à arrêter
la panne du groupe électrogène (pièce
maîtresse de la formation), oui le Tsapiky est une musique
dangereuse. Le Tsapiky envoûte, ensorcelle, fait tomber et
aide à se relever.
C’est une musique mal foutue mais comme toutes les choses mal
foutues ça ressemble à un cri de vie, du brut de
brut, de la sauvagerie pure penseront certains.
Dans le bush semi-désertique de Madagascar, le Tsapiky
relance le désir d’existence, il est le sang, le
pouls d’une terre aride, il est le ciment qui unit les corps
et les âmes, qui guide au bonheur, qui fait la nique
à la solitude des immensités.
Son origine viendrait d’Afrique, de la nuit des temps. Il
s’est aujourd’hui électrisé
pour crier encore plus. C’est une musique
indomptée tout comme est indomptable le Sud, cette terre des
hommes libres, là où résonne ce son
unique, joyeux et velléitaire, venu défier le
dénuement infini.
Cri d’amour pétri de tendresse et de violence,
acte répétitif. Comme les notes d’une
guitare qui aurait perdu les doigts de son maître et
continuerait à plaquer les mêmes accords encore et
toujours pour se souvenir et dire et hurler qu’ici il
n’y a rien et que ça valait le coup de passer un
moment de sa vie dans ce Nulle Part Sur Rien.
Ondra
Le Ondra est une danse pratiquée dans le Sud de Madagascar.
Exécutée généralement la
nuit et toujours par les hommes elle symbolise
l’unité, l’amitié et
l’attachement à la terre.
C’est sur ce thème de la fête, des
retrouvailles et de l’humour que Ondra, troisième
et dernier volet de Roman Vrac, a été
écrit.
Quand à la rue-sans-nom et ses habitants,
véritables héros de cette histoire, elle et ils
existent vraiment. J’y vis et ne quitterai ce
« bidonville »
pour rien au monde. Peut-être parce que, entre autres choses,
on y danse souvent le Ondra…
Pierre Maury -
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Madagascar , Janvier 2008