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Le Sud comme vous ne l’avez jamais lu

Publié le 17/01/2008 00:07 par elman

Communiqué de presse : le Sud comme vous ne l’avez jamais lu
.... « Roman Vrac », de Jean-Claude Mouyon »



Après les livres électroniques gratuits téléchargeables, après les ouvrages papier imprimés en Europe et à commander sur Internet, la Bibliothèque malgache affirme sa présence au pays avec un premier livre imprimé à Antananarivo et disponible en librairie.


Certains s’en souviennent peut-être, L’Express de Madagascar avait publié en feuilleton, il y a quelques années, une première version de Roman Vrac. Depuis, l’auteur a continué à travaillé son texte pour en faire un triple roman achevé. Une voix forte traversée par toutes les voix des personnages. Un livre qui approche la perfection dans son écriture fébrile, son mouvement incessant, sa gaieté parfois obscurcie de colère. C’est doux et râpeux à la fois, peut-être comme du rhum en vrac.

Auteur de pièces de théâtre et radiophoniques, Jean-Claude Mouyon a été journaliste et se consacre dorénavant à l’écriture dans le sud-ouest de Madagascar où il a posé son sac depuis une quinzaine d’années.

Cette trilogie romanesque a été présentée le 29 décembre dernier à Toliara, où réside l’auteur. C’était pour la Bibliothèque malgache un choix évident : proposer à ceux qui vivent dans le cadre même où s’est écrit et où se déroule le triple roman de le découvrir avant Antananarivo.

Il faut les voir ces perdus de l’existence, Tai Be, l’Archi, L.R., Caca Citron, le narrateur et tant d’autres… les voir pour croire en leur destinée au fin fond de nulle-part-sur-rien dans le sud squelettique de Madagascar.
En prise directe avec le quotidien de leurs amis autochtones et la réalité abrupte d’un pays à la fois magique et désespérant.

Une relation passionnelle.
Ces trois courts romans réunis sous le titre générique de Roman vrac, drôles, mordants, tragiques, reflètent les affres mais aussi les joies que connaissent les étrangers du monde entier.

Comme dit l’autre, si on n’est pas entrés dans l’histoire on reste becs et ongles bien ancrés dans la vie.
Le livre de Jean-Claude Mouyon est de ceux qu’un éditeur est fier de publier.

lancement roman vrac
L'auteur et l'éditeur lors du lancement de Roman Vrac à Tuléar
Il y a là en effet une authentique voix d’écrivain, ce qu’on appelle un style. Il y a là aussi un univers non moins présent, habité par des personnages hauts en couleurs.

Tout est censé être faux, puisqu’il s’agit d’un roman. Mieux : d’une trilogie romanesque. Mais, comme on le fait souvent remarquer avec raison, seule la fiction est capable de restituer la réalité dans toutes ses nuances, avec ses ombres et ses lumières, du moins quand elle est réussie.

Cette fiction-ci est réussie au-delà de toute espérance. Elle vous prend à la gorge dès les premières pages. Ne vous lâche plus.
Et elle vous retiendra longtemps encore quand vous aurez fini de la lire.

Jean-Claude Mouyon. Roman Vrac, trilogie. Editions de la Bibliothèque malgache, 192 pages, environ 25.000 Ariary dans les principales librairies de la capitale. Contact : 22-689-79 ou 032-42-860-38

Extraits

Roman Vrac Jean-Claude Mouyon
Roman noir
À Madagascar, et principalement dans le Sud, une des nombreuses croyances veut que le vazaha (mot d’origine arabe, litt. l’étranger et par extension le blanc) mange le cœur des autochtones. Ce que l’on appelle « vazaha mpakafo » (étranger voleur de cœur).

Une reprise du loup-garou en quelque sorte.
De nombreuses hypothèses tentent d’expliquer les origines de ce mystère. La plus crédible (parole d’auteur-menteur-tricheur, inventeur d’histoires aussi vraies que fausses…) me semble être celle qui, souvent rapportée par la mémoire collective, attribue le fait aux pères Jésuites du siècle passé. Ceux-là, alors conscience intellectuelle du pays, se trouvèrent mis en concurrence avec les Francs-maçons. L’expression m’a été rapportée plus d’une fois : « Si tu vas chez les Francs-maçons ils te mangeront la foi. » La foi, le foie… « fo ». Une fois de plus la phonétique aura joué.

N’empêche, la croyance persiste.
À Tuléar, sud-ouest de l’île, plusieurs vazaha ont été victimes de ces croyances, allant parfois jusqu’à connaître la prison. Il suffit d’une rumeur… et croyez-moi, ça rapporte.
 
Tsapiky
Transes et ululements, notes criardes et répétitives, amplis rafistolés et guitares déglinguées, voix suraiguës et déhanchements des danseuses à vous faire tourner de l’œil, reprises sans fin, rifs déments que seul parviendra à arrêter la panne du groupe électrogène (pièce maîtresse de la formation), oui le Tsapiky est une musique dangereuse. Le Tsapiky envoûte, ensorcelle, fait tomber et aide à se relever.

C’est une musique mal foutue mais comme toutes les choses mal foutues ça ressemble à un cri de vie, du brut de brut, de la sauvagerie pure penseront certains.
Dans le bush semi-désertique de Madagascar, le Tsapiky relance le désir d’existence, il est le sang, le pouls d’une terre aride, il est le ciment qui unit les corps et les âmes, qui guide au bonheur, qui fait la nique à la solitude des immensités.
Son origine viendrait d’Afrique, de la nuit des temps. Il s’est aujourd’hui électrisé pour crier encore plus. C’est une musique indomptée tout comme est indomptable le Sud, cette terre des hommes libres, là où résonne ce son unique, joyeux et velléitaire, venu défier le dénuement infini.

Cri d’amour pétri de tendresse et de violence, acte répétitif. Comme les notes d’une guitare qui aurait perdu les doigts de son maître et continuerait à plaquer les mêmes accords encore et toujours pour se souvenir et dire et hurler qu’ici il n’y a rien et que ça valait le coup de passer un moment de sa vie dans ce Nulle Part Sur Rien.
 
Ondra
Le Ondra est une danse pratiquée dans le Sud de Madagascar. Exécutée généralement la nuit et toujours par les hommes elle symbolise l’unité, l’amitié et l’attachement à la terre.
C’est sur ce thème de la fête, des retrouvailles et de l’humour que Ondra, troisième et dernier volet de Roman Vrac, a été écrit.
Quand à la rue-sans-nom et ses habitants, véritables héros de cette histoire, elle et ils existent vraiment. J’y vis et ne quitterai ce « bidonville » pour rien au monde. Peut-être parce que, entre autres choses, on y danse souvent le Ondra…
 

Pierre Maury - Tous droits réservés - Reproduction et diffusion, même partielle, interdits © Madanight.com - Madagascar , Janvier 2008




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